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Colloque ( La Presse Littéraire du 18 Mai 09)

Comment transcender les frontières

«Traduction, pluridisciplinarité et traversée des frontières»

Un colloque international  consacré à la traduction vient d’avoir lieu à Alger les 27, 28 et 29 avril. Organisé par le Département d’interprétariat et de traduction  de la faculté des Lettres et des Langues de l’Université d’Alger Benyoussef-Benkhedda, il a pour titre : Traduction, pluridisciplinarité et traversée des frontières. 

Trois jours pour écouter (et pour en débattre) environ une cinquantaine de communications en arabe, en français, en anglais et en espagnol, n’est pas tâche aisée ; mais heureusement, il y a l’accueil chaleureux, le zèle et le savoir-faire des organisateurs, l’enthousiasme des étudiants venus nombreux et le cadre grandiose des lieux,  le palais de la Culture Moufdi-Zakaria.
Parmi les communications de ce colloque, La Presse littéraire a choisi de présenter aujourd’hui celle du Pr Abdelouahab Dakhia, chef du Département de français de la faculté des Lettres de l’Université Mohamed-Khider à Biskra.
Intitulée «Pour une didactique axiologique de l’acte traducteur : les approches interculturelles réinterrogées», l’intervention était centrée sur l’importance de l’approche interculturelle dans la traduction. Dans la mesure où le pouvoir réside non pas dans l’acte mais dans le mot, affirme A. Dakhia en préambule, dans l’acte traducteur seule importe la compétence, résultat d’une longue expérience et d’une parfaite maîtrise du langage. C’est la condition sine qua non pour que s’instaure «un dialogue interculturel présupposant la conscience de Soi et de l’Autre.»
  Eveiller l’étudiant à la (re)connaissance des autres cultures : tel est le défi qui se pose à l’enseignant-traducteur-lecteur. Pour le relever, ce dernier se doit d’œuvrer pour «une interculturalité lucide et responsable» et s’efforcer de rendre «une peinture minutieuse et scrupuleuse de la réalité sociohistorique de l’homme». De ce fait, «l’écriture traduisante», devenue «un nouvel art du pensé et de l’exprimé», confère au  traducteur un autre statut bien plus séduisant : il devient un esprit créatif, pleinement conscient de sa propre culture et, par conséquent, à même d’engager un dialogue interculturel bénéfique : «La communication interculturelle, explique Abdelouahab Dakhia, est celle qui dépasse les seules limites de l’expression individualisée et individualiste pour rendre linguistiquement et culturellement cette même expression collectivisée mais polysémique en pénétrant le champ de l’expérience humaine à l’échelle des communautés par le biais des textes reflétant fidèlement les réalités socioculturelles grâce justement à l’acte traducteur.»

Rapport au langage

Les aires civilisationnelles étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire extrêmement différentes, accéder à une compétence suffisante de l’interculturel pour mettre en place des passerelles solides, relève de l’exploit ; aussi, est-il nécessaire d’abord de baliser le chemin en précisant «notre rapport au langage en fonction de notre culture d’appartenance et de référence.»
En effet, le traducteur ne peut faire table rase de ses représentations individuelles et collectives. Mais si, comme le constate Michel Foucault, « jamais dans la culture occidentale l’être de l’homme et l’être du langage n’ont pu coexister et s’articuler l’un sur l’autre», il en est autrement dans le monde musulman pour lequel «à travers l’essence même du linguistique se réalisent les deux  préceptes divins fondateurs : nous lire pour nous rencontrer.»
L’environnement culturel une fois déterminé, «action et réaction entre texte et traducteur sont assurées et assumées. D’où la tendance de l’enseignement-apprentissage de la traduction à construire une corrélation entre, d’une part, la compétence de communication et la perspective de  son maintien et, d’autre part, l’acceptation du pluralisme linguistico-culturel.»
Il va donc de soi de souligner non seulement l’importance du lien unissant langue et culture mais également l’inanité de croire que la prise de conscience de la pluralité des cultures dépend du seul enseignant. Et le professeur A. Dakhia de conclure :  «En conclusion, la médiation par le biais de la traduction est un appel à la réconciliation par l’altérité, car on ne peut signifier son être que par rapport aux rencontres et  aux redécouvertes de l’Autre. Être compris par tous est la raison dynamique de tout individu ; être compris, écouté et reconnu en tant que membre à part entière de cette communauté de valeurs constitue l’aspiration légitime de tout être. Cela exige une prise de conscience et éveil intellectuel de l’Autre. Il est beaucoup plus question de cette transmutation inéluctable de la personne humaine vers une plus grande ouverture à la diversité et à l’élargissement du champ de la connaissance…»
R.D.

 

 

 

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