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Vient de paraître ( La Presse Littéraire du 23 Mars 09)
Florilège pour la paix
La Méditerranée. Odyssée des cultures, de Alia Bournaz Baccar

«Ceci n'est pas un panégyrique consacré à Alia Bournaz Baccar, — même si aucun de ses amis et disciples ne lésinerait sur les moyens pour le faire —, pas plus qu'un couronnement d'une carrière exemplaire,puisqu'il s'agit d'un enseignant-chercheur, arrivé à ce moment précis de son parcours où l'expérience, la culture et le savoir-faire le rendent plus que jamais créatif et généreux. Non, ceci est simplement ce geste humble et à peine osé, pour dire à cette universitaire de premier ordre, la reconnaissance de ses étudiants, devenus ses collègues, amis et émules, leur estime renouvelée et leur confusion de ne pouvoir lui offrir qu'un bouquet de fleurs.»
Cet hommage qui en dit long sur la personnalité de Alia Bournaz Baccar, est de Ali Abassi, directeur de l'Ecole normale supérieure de Tunis, et «ce geste humble et à peine osé» dont il parle, est l'heureuse initiative prise par son établissement de consacrer le Volume III de sa collection «Conférences de l'ENS» à des travaux de cette figure marquante de l'université tunisienne. L‘ouvrage vient de paraître aux Editions Sahar sous le titre La Méditerranée : Odyssée des cultures. Il se compose de quatre grandes parties, d'une bio-bibliographie et d'une bibliographie. Toutes les communications qui y figurent portent sur la Méditerranée : ses cultures, son imaginaire ainsi que les relations Occident-Orient dans les récits de voyage au XVIIe siècle.
Sujet difficile, il faut l'avouer, car Alia Bournaz Baccar a été souvent amenée à travailler sur la présence du Maghreb barbaresque dans la littérature française du XVIIe siècle, «siècle de prédilection» de ses recherches, où, pourtant, les écrivains «n'ont pour ainsi dire pas connu» la mer, «la France ayant longtemps fait preuve d'une relative indifférence envers elle» (p.181). Néanmoins, grâce à l'apport de son inlassable travail sur la Tunisie punique et latine dans les textes grecs et latins traduits, où la Méditerranée tient tant de place, Alia Bournaz Baccar a néanmoins réussi à présenter pas moins de 19 articles, faisant de ce bel ouvrage «un véritable essai multiple sur les cultures et l'imaginaire de la Méditerranée», selon Giovanni Dotoli, professeur à l'université de Bari, qui en a signé la préface (p.7)
Dans la première partie, intitulée «Méditerranée et transmissions», qui contient quatre communications, on lira avec intérêt l'analyse, à travers le journal La Gazette de France, des années 1640-1670, période-charnière, fort agitée, qui vit le développement des forces navales françaises sous l'impulsion de Richelieu, les conflits maritimes opposant l'Europe à «La Grande Porte» ainsi que la lutte contre les barbaresques. La Méditerranée apparaît à la fois comme plaque tournante, voie principale de transmission des savoirs mais aussi lieu de tous les dangers.
Pour un dialogue
permanent
Ces dangers sont largement illustrés dans la deuxième partie qui porte sur la pratique de l'esclavage. Cinq communications nous révèlent le monde glauque des corsaires, les horreurs de la piraterie et ses enjeux. Alia Bournaz Baccar cite notamment le cas de Al Hassan Az-Zayyâti, natif de Grenade, capturé entre 1517et 1518 à Djerba par un corsaire sicilien, et devenu par la suite le célèbre Jean Léon l'Africain. Mais, comme elle préfère insister sur ce qui unit plutôt que sur ce qui divise, c'est du point de vue occidental que Alia Bournaz Baccar développe ses exemples. Celui du sieur Emanuel de Aranda se présente ainsi : «Sous la plume de sieur Emanuel de Aranda, la rive sud de la Méditerranée occidentale gagne en précision; l'image qu'il en donne est fidèle à la très nette réalité de ce milieu du XVIIe siècle. Elle est un lieu fort animé, sonore, pittoresque; point de rencontres et d'échanges; aire de combats et de rivalités; source d'enrichissements personnels; berceau d'une civilisation attachante; Aranda s'est employé avec beaucoup de finesse à peindre, dans leurs diversités, les mille et une facettes de ce lieu fascinant.» (p.110)
Quant à la troisième partie, intitulée «Méditerranée et imaginaire», elle débute ainsi : «La Méditerranée a inspiré une production littéraire foisonnante, vibrant hommage rendu à l'élément nourricier, théâtre d'exploits, berceau des cultures et lien entre les peuples. Je me propose… de faire revivre une époque lointaine qui fut la source de toute création littéraire : l'Antiquité.» (p.125) Avec six communications, elle offre au lecteur «une matière des plus riches» (p.125) dans la mesure où, parmi les œuvres majeures étudiées, il trouve l'Odyssée, bien entendu, mais également l'Enéide, Iphigénie ou encore la Troade.
La quatrième et dernière partie, intitulée «Méditerranée et Civilisations» est porteuse d'un message on ne peut plus explicite : un fervent plaidoyer en faveur de la paix. Dans l'une des quatre communications qui constituent cette partie : «Rapprochements culturels, facteurs de paix en Méditerranée», Alia Bournaz Baccar écrit : «La paix ne s'impose pas à coup de baguette magique. La paix s'instaure en douceur, presque imperceptiblement. Son processus doit épouser le mouvement naturel de la vie, de la coexistence. La paix est un acte volontaire, fruit d'une profonde conviction, voire d'une foi indéfectible que seul l'échange culturel est susceptible de soutenir durablement. Conjuguons nos cultures, appelons à celles des autres, entreprenons un dialogue permanent.» (pp.255-256). Faut-il le souligner ? Parce qu'il sollicite vivement notre imagination, et aussi parce qu'il prétend redéfinir notre vision paradisiaque de la Méditerranée, celle qui a, de tout temps, habité les peuples riverains, ce florilège qui appelle au dialogue, venant d'un pédagogue a, comme l'Odyssée dont il s'inspire, valeur de «paideia» (éducation). A l'heure où l'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée à Paris, en juillet 2008, marque le pas, il est d'une valeur historique, sociologique et littéraire incontestable. Le lecteur en tirera sûrement satisfaction, plaisir et profit.
R.D.
La Méditerranée. Odyssée des cultures, de Alia Bournaz Baccar, Editions Sahar & Publications de l'ENS, Tunis, 278 pages. 12 dinars
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