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Critique littéraire :
La
Presse - 26 novembre 2003
Sur
les traces de nos artistes à l'étranger
Lotfi
Lahouar-Gamra ou la fulgurance du mouvement
La
pérennité, succès ou insuccès,
dépendent du goût du public et de la mode,
qui varient eux-mêmes suivant les temps. En peinture,
à Paris, le miroir de la mode, le symbole du
goût du public, c'est incontestablement le Salon
d'automne, qui se déroule tous les ans, à
cette période de l'année.
Le
Salon d'automne est une grande manifestation qui s'adresse
à tous les artistes désireux de faire
connaître leurs travaux. Elle fête aujourd'hui
son centenaire à l'espace Auteuil. Seuls deux
peintres tunisiens y participent : Edgar Naccache avec
une immense toile aux figures géométriques
tourmentées, intitulée "S.O.S Love"
et Ahmed Hajri avec une nouvelle uvre dans le
même style naïf qui lui est particulier :
une femme plantureuse prenant son bain devant un homme
au regard lubrique. Le peintre l'a d'ailleurs intitulée
"Le regard".
Or,
ce salon s'adresse non pas aux artistes confirmés
mais plutôt aux jeunes désireux de bousculer
la vision du monde sur l'art, puisque c'est grâce
à cette manifestation que Matisse, Dufy, Braque
ou Picasso avaient pu s'imposer dans les cercles bien-pensants.
On ne peut donc que s'étonner devant ce nombre
fort restreint de Tunisiens présents à
cette incontournable manifestation artistique.
Il
nous faut l'admettre, c'est peu. Le nombre des artistes
tunisiens établis en France est, après
tout, élevé. Si on les connaît peu,
si on en parle peu, c'est parce qu'ils travaillent dans
l'ombre. Le cas de Lotfi Lahouar-Gamra est à
cet égard significatif.
Installé
à Paris à l'âge de 18 ans, frisant
aujourd'hui la quarantaine, cet artiste, natif de Sousse,
voulait, au début, devenir architecte. A l'Ecole
d'architecture de la Villette, il suivit en parallèle
un module sur la peinture. Cela lui a suffi pour changer
de carrière et se fixer définitivement
à Paris.
Sans
vouloir contester délibérément
les valeurs établies, sans jamais adhérer
à un quelconque mouvement pictural, il adopta
une nouvelle approche perceptive du réel étroitement
liée au mouvement. Chacune de ses uvres
constitue, en effet, une tentative hautement stylisée
de figer sur le papier cette impression furtive, fulgurante
du mouvement. Tant et si bien qu'aucun tableau ne porte
de titre.
"Vos
peintures ne portent aucun titre, aucune définition"
lui avons-nous demandé.
"Comment
définir un mouvement, l'inspiration d'un instant
fugitif?", nous répondit-il, l'air interrogateur.
L'uvre
perçue à travers la fragmentation de l'ensemble
Mais
si la définition de ces uvres reste une
gageure, l'il néanmoins ne se lasse pas
de se délecter devant ces tons délicats,
où le signe avec ses variantes, reproduit à
l'infini, se fond en un ensemble harmonieux.
C'est
précisément la fragmentation de cet ensemble,
elle-même travaillée avec minutie, qui
imprime à toute l'uvre le mouvement recherché.
Ici on devine un envol d'oiseaux, là une vague
impétueuse se dressant comme une muraille, là
encore des feuilles dansant au gré des vents.
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Toujours de la peinture acrylique sur papier?
-
Oui, je travaille toujours sur le papier, c'est un matériau
facile à manier, plus économique; j'aime
aussi son côté plastique
-
Quelques uvres rappellent la calligraphie
-
Oui, j'ai été inspiré par un poète
et peintre, Henri Michaux. Mon travail se situe en général
entre le signe, la calligraphie et le mouvement.
-
Et vos expositions?
-
Ma première exposition eut lieu en 1995, deux
ans après l'obtention de mon diplôme d'architecte,
à la galerie Energie et création, 8, rue
de Belzunce, à Paris. Depuis, j'expose presque
régulièrement tous les ans.
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Et à Tunis?
-
Pas encore
-
Pourtant, les galeries ne manquent pas à Tunis
-
J'attends que l'on me contacte
avec impatience.
Après
tant d'années passées en France, Lotfi
Lahouar-Gamra commence à languir la luminosité
du ciel tunisien, la mer, les merveilleux couchers du
soleil.
"Avec
ce ciel si bas, il n'y a aucune luminosité; comment
peindre?"; dit-il avec une pointe de tristesse.
Rafik
DARRAGI
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