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Critique littéraire :

La Presse de Tunisie (
Le 21 Mai 2007)

La Confession de Shakespeare  

Par Cécile Oumhani

L’un des plus grands théâtres de tous les temps, le théâtre élisabéthain, est né à Londres sous le régne d’Elisabeth 1ère. Poètes et comédiens tiennnent séance dans les tavernes, et les pièces sont jouées par des troupes ambulantes.

Les auteurs créent des drames mouvementés et des comédies romanesques. Parmi eux, Christopher Marlowe, Ben Janson, John Webster, mais le plus grand de tous est William Shakespeare.

L’œuvre de Shakespeare continue de fasciner, de séduire, de susciter traductions, études, mises en scène… Elle est d’une telle richesse et d’une si grande variété qu’on en arriverait presque à associer le nom de son auteur à ses seuls personnages ou aux seuls titres de ses pièces, comme si lui-même n’avait jamais été un être vivant. Ainsi, le rayonnement du dramaturge éclipserait ce que fut sa destinée ou bien lui conférerait un statut proche de celui de ceux dont il fut le créateur. En un mot, le mythe shakespearien nous amènerait presque à confondre théâtre et réalité.

Nous connaissons, pour le grand plaisir des lecteurs que nous sommes, la passion de Rafik Darragi pour le roman historique. Notre collègue et ami est aussi spécialiste de l’œuvre de Shakespeare, elle-même tellement nourrie d’Histoire. Je serais même tentée de penser que dans les romans de Rafik Darragi s’inscrit ce qui est une filiation ou tout au moins la trace d’un héritage.

Son roman paru récemment sort de l’univers méditerranéen et le personnage central en est William Shakespeare. Rafik Darragi a toujours affirmé un choix délibéré : celui de prendre des libertés avec l’Histoire afin de privilégier une dimension qu’il qualifie de pédagogique. Pourtant ce roman est différent, pas seulement parce qu’il ne se situe pas en Méditerranée, mais parce que le point de départ en est une période obscure de la vie du dramaturge. Le romancier ne part pas ici de faits connus qu’il chercherait à mettre en scène. Il fait exactement le contraire, usant de la fiction pour suggérer ce qui n’a jamais été élucidé. Que fut la vie de Shakespeare de 1585 à 1592 ? Rafik Darragi le représente, jeté en prison pour braconnage, suppléant ainsi à ce que l’Histoire n’est pas en mesure de fournir.

De là, les lecteurs sont amenés à plonger au cœur de la société élisabéthaine. Nous y suivons le dramaturge dans des rencontres déterminantes comme celle du Père Hubert. Ce roman évoque la genèse d’une œuvre, son écriture, ainsi que les interrogations de Shakespeare à travers ses conversations avec le Père Hubert. On y retrouve la vie littéraire de son temps avec des noms comme celui de Marlowe, cet autre dramaturge élisabéthain, ou Marguerite de Navarre et son Heptaméron. Sorti de prison, Shakespeare a trouvé refuge à Wilton House chez la Comtesse de Pembroke, dans un cadre raffiné et élégant.

Ce roman est donc aussi la peinture de toute une époque, où transparaissent la générosité et l’humanité de son auteur, toujours animé par le souci de partager, de transmettre. Il est l’occasion pour ses lecteurs de rêver mais aussi de réfléchir sur l’art dramatique en découvrant ce que fut ou ce que put être la vie de Shakespeare.

Par Cécile Oumhani

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La Confession de Shakespeare, de Rafik Darragi, L’Harmattan, 189 pages 17 euros.

 

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