Retour page accueil

 

Critique littéraire :

La Presse culturelle (mercredi 22 Novembre 2006)

Abdelwaheb Amich ou l’art de la configuration structurée

«Art en Capital» est une grande manifestation artistique qui rappelle la référence de l’art pictural, le fameux Salon d’automne. Elle vient de se tenir à Paris dans le cadre prestigieux du Grand Palais (du 9 au 19 novembre).

Constituée de quatre salons : Artistes Français, Artistes Indépendants, Comparaisons et Dessin et Peinture à l’eau, elle réunit une pléiade d’artistes venus du monde entier. Il va s’en dire que participer à un événement artistique d’une telle envergure n’est pas à la portée de n’importe qui. La sélection y est des plus sévères et les décisions du jury définitives et sans appel. La Presse y a rencontré Abdelwaheb Amich, l’un des doyens de la peinture tunisienne. Il participe à ce salon où son tableau,Les Brodeuses, vient d’obtenir la médaille de bronze.

La dentellière

Peut-être parce que la construction géométrique sollicite aussi bien l’esprit que le regard, les toiles de ce peintre ne passent jamais inaperçues. Celle qui vient d’obtenir la médaille de bronze, au Salon 2006, accroche de loin le visiteur : de part et d’autre d’un canevas, immense tache blanche au centre de la toile, parmi un enchevêtrement délicat de lignes et de formes géométriques, d’une extraordinaire harmonie chromatique, deux silhouettes féminines sont penchées délicatement sur leur métier.

Vous êtes peintre et graveur, issu de l’Ecole des beaux-arts ; après un séjour à Madrid grâce à une bourse du gouvernement espagnol, vous vous êtes établi à Paris en 1964. Vous avez fréquenté les ateliers de maîtres célèbres et obtenu plusieurs distinctions. Parlez-nous de ce tableau, “Les Brodeuses”, qui vient d’obtenir la médaille de bronze à ce Salon 2006. Expliquez-nous d’abord le choix du thème …
C’est un tableau choisi par le ministère de la Culture. Il représente au salon une des facettes de la Tunisie. J’ai toujours exposé dans ce salon et comme les fois précédentes, il s’agit d’un thème qui m’est cher, un hommage au travail manuel, comme «Couple aux champs», «la Pêche au thon», «Les Bijoutiers de Djerba»…
Vous êtes souvent inspiré par l’artisanat tunisien…
Pour moi, l’artisanat symbolise une facette importante de mon pays ; en fait derrière l’artisanat, se profile surtout la femme. J’ai peint plus d’une toile sur ce thème: «Les Brodeuses», évidemment mais aussi «Les 3 tapissières», «La Dentellière», «La Bergère», et j’en passe. Il s’agit de la Tunisie d’hier, bien entendu, celle d’il y a trente ou quarante ans.
Mais à bien considérer votre parcours, votre source d’inspiration a toujours été la vie de la Médina de Tunis, c’est là, d’ailleurs où vous avez grandi ; ne vous désigne-t-on pas comme ‘‘le fils de la Médina’’ ?

C’est exact ; j’ai grandi dans la Médina et je l’ai longtemps fréquentée. Je reste imprégné par ses rues étroites et pittoresques, ses monuments, comme, par exemple, Sidi Mahrez, ses échoppes et ses commerçants. Ces derniers s’adonnent souvent après leur travail, aux arts, au théâtre et à la musique. C’est le motif de plusieurs de mes toiles ; vous pouvez les voir sur mon site ; vous y trouverez «Le Joueur de luth», «Le Tisserand», «Le Ciseleur», «Le Notaire», «Le joueur de Rebab» ou encore «L’orchestre».
Votre technique semble toujours la même ; c’est la géométrie qui prime…
Oui, la géométrie, c’est mon «dada» ; les lignes, les formes géométriques, le carré, le cercle constituent l’ossature. En fait mon travail se fait en plusieurs étapes ; je commence à partir d’un canevas, d’un simple dessin, une ébauche, au crayon, au fusain. Le figuratif n’y est pas essentiel. Au final, j’obtiens trois au quatre œuvres, un dessin, un lavis, un acrylique ou une peinture portant sur un même sujet, mais très différentes les unes des autres. Je définirais volontiers mon travail comme une configuration structurée ; comme vous pouvez le remarquer sur la plupart de mes toiles, il existe quelques points de repère, des formes géométriques ici et là, un cercle, un carré, des triangles, des rayures, des couleurs contrastantes, sans aucune raison apparente sinon celle de souligner le côté abstrait inévitable de l’œuvre.

Les brodeuses : médaille de bronze d'"Art en capital" de Paris

Dans vos toiles, en plus de cette vitalité de l’art et de la création artistique, cette alternance d’espaces et de figures géométriques, coexistent les connotations culturelles anciennes et modernes, est-ce parce qu’elles sont mi-figuratives mi-abstraites ou parce qu’elles témoignent d’une certaine nostalgie ?
Peut-être pour les deux raisons; mais elles témoignent aussi d’une discipline et d’une rigueur et d’un attachement profond à mes racines.

Propos recueillis par Rafik Darragi

Retour page accueil