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Littérature:
La
Presse - Dimanche 22 Août 2004
Vient
de paraître
Albums
du passé
Né
en 1953 à Baton Rouge, en Louisiane, Robert Crais
a suivi des cours d'ingénieur avant de devenir
écrivain et scénariste. Etabli en 1976
à Hollywood, il devint bientôt le collaborateur
adulé des grandes compagnies cinématographiques.
Grâce à lui, de nombreuses séries
policières telles que Hill Street Blues, La Loi
de Los Angeles, Miami Vice ou Cagney et Lacey, virent
le jour. Aujourd'hui, il compte à son actif onze
romans dont les célèbres Meurtre à
la sauce Cajun, L. A Requiem, ou encore Indigo Blues,
qui le placent droit dans le sillage de Chandler, de
James M. Cain, de Robert B. Parker, de Ross MacDonald
et ou encore de Michael Connelly.
Les
Editions Belfond qui ont déjà publié
quatre titres de Robert Crais dont Otages de la peur,
finaliste l'an dernier du Prix des Lectrices de ELLE
2004, viennent de publier ce mois-ci Le dernier détective.
Elvis
Cole, le détective et Joe Pike, son acolyte,
sont des personnages que Robert Crais avait créés
au milieu des années 80. Dans Le dernier détective,
ils font comme d'habitude, feu de tout bois. Aidés
encore une fois par l'inspectrice Carol Starkey (la
"démineuse" d'Un Ange sans pitié,
paru chez Belfond en 2002), ils partent cette fois,
à la recherche de Ben, le fils d'une amie d'Elvis
Cole, Lucy, enlevé par des inconnus. Enquête
délicate, car il n'y a évidemment aucun
indice, sinon un coup de fil mystérieux qui pousse
le détective à puiser dans le plus profond
de sa mémoire et à replonger dans les
souvenirs lancinants non seulement de son enfance malheureuse
mais aussi de la guerre du Vietnam. Comme dans L.A Requiem,
ce sont les secrets du passé et les plaies encore
vives de ce terrible conflit, qui constituent la densité
romanesque du Dernier détective. Veine classique,
s'il en est, rappelant le suspense soigneusement minuté
de Nuit de terreur, de son compatriote John Katzenbach
où les personnages, d'anciens activistes américains,
se retrouvent eux aussi, rattrapés par leur passé:
"Lucy
me tira sur le bras.
-C'était
qui ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Je
ne sentais pas son poids. Je l'entendais à peine.
J'étais en train de replonger dans l'album jauni
de mon passé, voyant défiler des images
à dominante vert émeraude d'un autre moi,
d'un moi radicalement différent, entouré
de jeunes gens au visage peint, aux orbites creuses,
dans un lieu où flottait l'odeur aigre et moite
de la peur." (p. 40)
Il
faut dire que Robert Crais n'hésite guère
à recourir à des situations classiques,
même s'il varie ses énigmes d'un roman
à l'autre. Scénariste de talent, flairant
pour ainsi dire le goût du jour, il préfère
rester le conformiste respectueux des codes régissant
le genre policier, ne s'appuyant que sur la seule logique
rationnelle pour mener à bien son enquête.
S'il imbrique dans Le dernier détective, les
souvenirs et les fantasmes, il n'explore pas pour autant
de nouveaux territoires. Même son style apparaît
lisse et neutre, peu inventif. Ce qui n'empêche
pas, en tout cas, son personnage central de rester crédible
et attachant, et c'est amplement suffisant.
Comme
dans Le dernier détective, le personnage central
de L'été assassin de Liz Rigbey se trouve,
lui aussi, confronté à son passé.
Mais c'est là la seule ressemblance car le livre
de cette talentueuse romancière anglaise, ancienne
journaliste à la BBC, est une véritable
saga familiale, dense et touffue à souhait, à
mi-chemin entre le thriller psychologique émouvant
et le roman noir angoissant.
L'héroïne
est la narratrice, Lucy. Issue d'une famille d'émigrés
russes, ayant perdu son bébé trois ans
auparavant, mort étouffé dans son berceau,
dans des circonstances mystérieuses, elle avait
quitté son mari et la maison familiale en Californie
pour s'installer à New York. Un soir, sa sur
Jane lui apprend par téléphone le décès
de son père, un respectable professeur de géologie.
Curieusement, il s'était noyé dans le
Pacifique, à Big Brim, la même petite crique
où son jeune fils avait également disparu
plusieurs années auparavant. Lucy retourne alors
en Californie pour les obsèques, bien que la
veille de sa mort, son père lui ait intimé
l'ordre, au téléphone, de ne plus jamais
retourner auprès des siens. Là, surprise
: la police est formelle, son père ne s'est pas
noyé ; il ne s'est pas suicidé : il a
été assassiné.
"Je
me gare sur le parking de Big Brim, situé en
bordure de l'autoroute, au niveau de la mer
Je
traverse la chaussée quand la voie est libre
et commence à gravir la dune
J'essaie de
m'imaginer papa franchissant ces dunes
A-t-il choisi
d'aller nager sur cette plage ou bien y a-t-il été
entraîné contre son gré ? Est-il
venu jusqu'ici avec quelqu'un qu'il croyait être
son ami ? Ou y avait-il, derrière lui ou à
côté de lui, une personne à laquelle
il ne pouvait opposer de résistance ?" (p.139).
Ainsi
commence le suspense. Décidée à
percer l'énigme coûte que coûte,
Lucy se retrouve bientôt confrontée non
seulement aux mensonges et au mutisme de son entourage,
mais aussi aux souvenirs d'un passé douloureux.
Jeune, elle fut traumatisée par plusieurs événements,
en particulier, les crises de démence de sa mère:
"Quand je ne fus plus en mesure de supporter ses
hurlements, je me précipitai dans le jardin.
La chaleur de la journée était en train
de retomber et l'obscurité semblait me poursuivre,
tandis que je courais entre les arbres. Rien ne pouvait
m'arrêter : ni les branches qui accrochaient mes
vêtements, ni les buissons qui éraflaient
mes jambes. Tapie au fond du jardin, je plaquai ma main
valide sur une oreille, m'efforçant de ne plus
entendre ses cris ("C'est donc ça ! C'est
vous les assassins!
")". (p.58).
Enfin,
sans vouloir porter préjudice au suspense de
ce livre, il faut préciser que le titre français
L'été assassin est bien plus percutant
que le titre original, Summertime.
Rafik
DARRAGI
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-
Robert Crais, Le dernier détective, traduit de
l'américain par Hubert Tézenas, éditions
Belfond, 414 pages.
-
Liz Rigbey, L'été assassin, traduit de
l'anglais par Dorothée Zumstein, éditions
Belfond, 474 pages.
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