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Littérature:
Jeudi
9 Septembre 2004
Arts
plastiques
Sur
les traces de nos artistes à l'étranger
Dorra
Lassoued ou la passion des reflets
Native
de La Marsa, mais amenée depuis 8 ans à
vivre à Paris, par ce qu'elle appelle les nécessités
de la vie conjugale, Dorra Lassoued Ben Bakir est diplômée
des Beaux-Arts de Tunis. Aujourd'hui, inscrite à
La Sorbonne pour préparer un Capès en
arts platiques, ouverte à plusieurs techniques,
elle n'a jamais, pour autant, cessé de s'adonner
à la peinture. Sa première exposition
fut à Tunis en 95 au Centre culturel d'El Menzah
VI et la plus récente au centre éducatif
tunisien à Aubervilliers, près de Paris.
C'est là que La Presse l'a rencontrée.
Votre
exposition est très variée; vous ne vous
limitez donc pas à la peinture
?
Non,
je m'intéresse en fait à tout ce qui touche
aux arts plastiques, à la poterie, à la
peinture sur soie, etc.
Mais
votre peinture est, elle aussi, variée. Le figuratif
y côtoie l'abstrait, il y a du plat et du relief,
des couches de couleur superposées
Oui,
je ne désire pas me limiter à une seule
technique ou à un seul thème, j'ai l'esprit
curieux : j'aime allier les techniques et recourir à
l'acrylique, au plat et à tout ce qui touche
au relief. D'ailleurs, le public ici est lui-même
varié
Ces
portraits de jeunes filles et ces études de tête
sont à partir de modèles vivants?
Oui,
je travaille souvent sur des modèles vivants,
le système éducatif français le
permet, surtout en sculpture, ou dans les cours académiques
de portraitistes.
Que
signifie ce portrait intitulée "Silence"?
Derrière les traits de ce personnage ne se dissimule
pas une idée, un message?
Oui,
effectivement; c'est le silence de l'artiste, son désir
de ne rien dire. C'est une uvre inspirée
de la technique des fauves, une technique qui permet
à l'artiste de se défouler presque sur
la couleur, et comme il ne respecte plus les couleurs
qui s'offrent à lui, il laisse libre cours à
son inconscient. Dans ma petite enfance je me rappelle
que lorsque maman me donnait un gâteau, j'avais
toujours envie de l'interpréter dans ma tête
comme une couleur, souvent un rose
C'était
une vraie passion.
Mais
c'est un choix délibéré
Oui,
un choix délibéré, voire, comme
ce tableau, un message; ce n'est pas parce qu'on ne
dit rien que l'on n'a rien à dire. C'est un engagement,
celui de se taire. On a l'impression que sa bouche ne
dit rien. C'est comme la littérature qui permet
de voir avec les yeux fermés. Ce silence, c'est
en fait sa parole, sa vision des choses.
Vous
partez d'une inspiration, d'un point fixe pour développer
ensuite des idées?
Je
commence en principe à partir d'un désir
car à vrai dire, je n'ai pas envie de peindre,
j'ai seulement envie de mettre des couleurs. Vous savez,nous
avons tous l'impression que nous peignons, que nous
appréhendons bel et bien le réel, le palpable
mais en réalité, c'est notre inconscient
qui s'exprime.
C'est
laisser la porte ouverte non seulement à la facilité
mais aussi à toutes les interprétations.
La spontanéité n'est pas toujours une
qualité, elle est trop liée à l'inachevée.
Peut-être,
mais personnellement je pense que ce tableau, par exemple,
est achevé; je le vois totalement chargé.
Voyez-vous, j'ai toujours l'impression que je peints
une image, un motif fixe, le ciel, la terre, l'univers,
bref tout ce qui est visible; pourtant nous n'en percevons
que les reflets. La réalité des choses
est difficile à appréhender car elle est
comme un prisme qui éclate à l'intérieur
de nous-mêmes. Moi, je vois le ciel non directement
mais à travers des reflets. Voyez ce tableau.
Le ciel y est comme un lac; je le reproduis sur la toile
à travers des reflets.
Vous
l'avez intitulé "Univers"?
Exact;
il représente l'univers, ces touches de couleurs
variées symbolisent les cellules qui se transforment,
certes, elles sont minuscules, mais c'est à partir
d'elles que l'univers puise sa forme et son existence.
Des cellules qui tournoient et dansent sans cesse pour
devenir l'univers, les constellations, les étoiles
qui scintillent. Hélas, même si elles sont
jolies, elles finiront par disparaître et se fondre
dans le noir. Les couleurs y constituent des valeurs.
Dans
ce tableau que vous intitulre "histoire",
vous avez encore un message? Que voulez-vous montrer?
Montrer
le désir du personnage, c'est-à-dire mon
propre désir, celui de plonger dans le mystère
de la vie, de comprendre le sens de cette vie que je
voudrais tant vivre intensément, en saisir les
formes. D'ailleurs, cette uvre est à rapprocher
du tableau suivant.
Zanka,
c'est bien une impasse. Le point de lumière,
au centre, intrigue
C'est
une impasse dans le quartier de Bab Jédid à
Tunis. Ce rayon de lumière, je l'ai voulu intense
car il est celui qui me permet aujourd'hui d'espérer
et d'avancer dans ce monde.
Propos
recueillis par Rafik DARRAGI
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