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Critique artistique:

La Presse - Jeudi 18 Août 2005

Sur les traces de nos artistes à l'étranger

Le peintre Ammar Ben Belgacem

Hymne à la joie

Ammar Ben Belgacem n'est pas musicien ; son hymne à la joie c'est sa peinture exclusivement. "Ma peinture, dit-il, est une fenêtre qui donne sur un monde de joie, un paradis de bonheur, un printemps éternel et une innocence totale. "

Faut-il le préciser ? Ce jeune peintre franco-tunisien établi à Paris depuis plus de seize ans, jouit aujourd'hui d'une grande notoriété. Notre ami Bady Ben Naceur l'avait remarqué dès le début de sa carrière et l'avait alors appelé "le Mozart tunisien". Le jeune prodige a grandi depuis. Il expose actuellement à la galerie l'Article, rue Volta, à la limite du Marais. La Presse l'a rencontré lors du vernissage.

Pour exprimer le beau, pour évoquer la splendeur d'une vision sur le monde et aller au-delà de la sensibilité naturelle, la démesure, chez le peintre, n'existe pas. Or vos tableaux sont remarquablement bien ordonnancés, avec un caractère répétitif bien prononcé.

Mes dessins préparatifs restent dans mon atelier longtemps avant de trouver une forme qui me satisfasse. Il m'est arrivé cependant de peindre toute la journée et toute la nuit uniquement parce que l'envie était là. Je ne peins que lorsque je me sens porté par une vague créatrice.

J'utilise très peu de lignes droites, mes lignes sont courbes et souples, elles sont douces, dépourvues de la violence que je trouve très présente dans la vie de tous les jours. En fait, j'ai horreur de la démesure. Mon objectif, c'est apaiser l'autre, charmer le visiteur avec mes couleurs, lui renvoyer l'image du monde paradisiaque dans lequel je vis en permanence.

Ce caractère répétitif de vos tableaux nous rappelle Matisse. Vous semblez avoir un sujet de prédilection, les fleurs, renvoyé par des motifs qui se veulent à la fois réalistes tout en restant symboliques ; nous pensons en particulier à ce tableau que vous appelez "Lady des îles"…

"Lady des îles" m'a été inspiré par une jeune femme originaire des îles Caraïbes ; la figure centrale est une créature enchaînée aux quatre coins ; elle est symboliquement entourée par des motifs divers rappelant l'océan: poisson, vague, flore aquatique, etc.

Les noms de vos tableaux sont poétiques : "Lady des îles", "Le jasmin de mon jardin", "Joie de l'amour", "Magnolias","Ça grimpe","Un instant de joie"…

Oui, c'est exact ; mes tableaux sont poétiques parce qu'ils sont tout simplement des poèmes retranscrits. Je caresse mes papiers avec mes pinceaux enduits de couleurs et j'ai l'impression de donner la vie aux dessins.

Chaque couleur a une signification pour vous.

Oui ; le blanc, par exemple, a toujours sa place dans mes peintures car je le considère comme une couleur ; il apporte un certain équilibre au tableau. En revanche, je n'utilise jamais de peinture noire dans mes œuvres, comme elle représente pour moi la tristesse et la mélancolie, je veux que mon art soit la vision d'un autre monde, monde de rêve, où les choses ne sont pas comme dans notre univers réel, mon art doit être une image d'un paradis existant ailleurs, dépourvu de choses négatives que représente le noir. J'aime le noir dans les vêtements ou sur la peau des personnes mais jamais dans mes tableaux.

Dans ce fameux "Lady des îles" il y a une nette prépondérance du rouge…

Oui, c'est une allusion au rouge à lèvres de la femme et aussi une manière de souligner la profusion de couleurs, ce feu d'artifice parisien que sont mes peintures.

Vos projets ?

Lorsque j'ai commencé à peindre, je faisais de tout petits tableaux qui faisaient penser à des miniatures. Ces dernières années, j'ai fait des peintures moyennes et je me dirige vers plus grand, j'ai envie de pousser les limites de la toile, de prolonger les lignes et d'en éloigner la frontière qui sépare le cadre du mur. Voyez-vous, mes inspirations viennent de mes souvenirs, de mes voyages que j'effectue vers des destinations diverses. En novembre 2005, j'expose au Yémen, au Centre culturel français à Sanaâ. J'estime que c'est là une façon de montrer, à travers les paysages et les couleurs de la Tunisie, mon patriotisme et mon amour pour le pays qui m'a vu naître. En avril 2006, une grande exposition est programmée à l'Unesco ; il y aura beaucoup de tableaux ; ils me serviront par la suite pour une exposition à la galerie Yahia à Tunis puis pour une grande tournée dans certains pays, notamment le Maroc et les USA.

Entretien conduit par Rafik DARRAGI

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