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Critique littéraire :
La
Presse - lundi 11 avril 2005
Littérature
Incursions
Native
de Djerba, mais résidant actuellement à
Tunis, Aroussia Nalouti a commencé à écrire
dans les années soixant-dix. Al Bu'd al-khamis,
(La 5e Dimension), un recueil de nouvelles, fut publié
en 1975, suivi de 2 livres pour enfants : Juha (1976)
et Bisbas (1982), puis de deux romans : Maratij en 1985
et Tamâss en 1995. Aroussia Nalouti a également
écrit pour le théâtre et le cinéma,
notamment : Al-Tawba, une adaptation de l'uvre
de Abi al-'Ala' AlMa'ari, Risalat al-Gufran; pièce
qui fut jouée en 1992 par la troupe théâtrale
Sindbad, ainsi que Tamashi produite en Tunisie en1995,
et le script du film Bilad al-Taryyun (1985).
Zaynab
ou les brèches de la mémoire peut intriguer
car ce prénom, Zaynab, est très populaire
dans le monde arabe ; il rappelle non seulement de nombreuses
figures historiques vénérées, mais
également des héroïnes de romans
célèbres, en particulier, l'ouvrage de
l'un des premiers romanciers arabes, Mohamed Hussein
Heykal, intitulé lui aussi, Zaynab.
A l'exception, certes, de la conclusion, la trame du
livre d'Aroussia Nalouti, Zaynab ou les brèches
de la mémoire, est, à notre avis, plutôt
une réminiscence du célèbre Thulathiya
(Trilogie) de Najib Mahfoudh, ce roman qui a marqué
la vie littéraire égyptienne. Le premier
volume, Bayn al-Qasrayn, relate la saga d'une famille
cairote, celle des Abd al-Jawad, prise dans le tourbillon
des années tumultueuses 1917-19. A l'époque,
les thèmes évoqués - les relations
familiales tendues, l'hégémonie patriarcale
ou l'émancipation de la femme - étaient
des brûlots et le succès, on le devine,
fut immense. Il faut préciser néanmoins
que les engagements et les considérations d'ordre
politique qui constituent une trame de fond dans l'uvre
de Nejib Mahfoudh sont remplacés dans Zaynab
ou les brèches de la mémoire, par la guerre
du Golfe qui se répercute comme un écho
lointain. En revanche, nous avons l'histoire plutôt
triste de la famille Abd al-Jabbâr et surtout
la figure, imposante et dominatrice, du père.
Zaynab
ou les brèches de la mémoire est une réflexion
subtile et troublante sur les dangers du patriarcat,
racontée sous forme d'incursions dans le passé
de Zaynab, une jeune journaliste établie à
Tunis. Il faut préciser, en effet, que dans Zaynab
ou les brèches de la mémoire, le lecteur
navigue au gré des mémoires, celle de
Zaynab, bien sûr, mais aussi celle de Mahmoud,
l'amant du moment, professeur de son état, mais
aussi poète à ses heures. Tout comme chez
les autres personnages, la mémoire de ce dernier
est constamment au travail, mais la perception reste
fragmentée: " Mahmoud bondit dans la pièce,
puis il fait les cent pas, il se sent soudain irrité.
Qui est-elle vraiment ? Que veut-elle de moi ? Qui l'a
mise sur mon chemin ? Est-elle le destin qui se joue
de moi ? Est-ce qu'elle m'aime ? M'a-t elle seulement
aimé ?Que veut-elle ? Me détruire ? Et
après ? Qu'y gagnera-t-elle ? le monde ne manque
pas d'hommes qui me ressemblent. Que cherche-telle si
l'amour ne peut apaiser le feu qui brûle en elle
? ". (p.20)
A
vrai dire, le lecteur est lui aussi en droit de se poser
de telles questions. Il lit ce roman sans s'arrêter
tant le récit semble maîtrisé ;
pourtant le comportement de Zaynab le laisse perplexe,
lui aussi. La narration est si fragmentée de
sauts dans le passé, et les oscillations si fréquentes,
qu'il faut attendre les dernières pages pour
appréhender à sa juste mesure l'univers
intérieur de l'héroïne et son combat
secret, qui n'est pas sans rappeler, comme l'écrit
Youssef Seddik dans la préface de l'édition
originale, celui d'Antigone. Malgré la gravité
du sujet, malgré l'excès de justifications
de l'héroïne et le non-dit des frustrations
de la mère, qui rendent le portrait du père
un tant soit peu caricatural, Zaynab ou les brèches
de la mémoire est une uvre de talent, écrite
avec pudeur et finesse.
R.D.
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Aroussia Nalouti, Zaynab ou les brèches de la
mémoire, roman traduit de l'arabe (Tunisie) par
Evelyne Larguèche et Françoise Neyrod,
Actes sud.
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