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Critiques littéraires

 

La Presse de Tunisie (26 Novembre 2007)


 Intimations mystérieuses et quêtes infinies (II)

 

                                                

Comme nous l’avions écrit dans notre introduction lundi dernier à propos de son intervention, «Au nord de tous les chemins», lue au séminaire «Imager» à l’Université de Paris XII à Créteil le mois dernier, le problème du sens de la vie est un thème récurrent dans l’œuvre de notre consœur Cécile Oumhani.

Si, dans ses poèmes, la question existentielle est souvent rendue par la métaphore de la nuit, reflétant l’invisible, les angoisses de l’être humain, les aléas de la vie, ses incertitudes et ses oublis, en revanche,  dans cette deuxième et dernière partie de sa conférence, elle a recours à d’autres procédés et revient sur le rôle éminent que la peinture a joué dans la structuration de ses personnages romanesques. Il est évident qu’en Occident comme en Orient, c’est à l’art, sous toutes ses formes, que nous devons tous ce «savoir extatique»  qui illumine notre condition humaine et qui nous aide à appréhender ces intimations secrètes, ces lois inconnues dont parle Proust, ces lois dont  nous portons en nous l’enseignement sans le savoir. Et c’est tout naturellement, grâce à la peinture, que les principaux personnages du roman de Cécile Oumhani, Ahlam et May, ont réussi à atteindre une sorte de dévoilement, de transcendance qui les réconcilie, un tant soit peu, avec la vie.

Analysant le livre lors de sa parution (La Presse du 15 octobre), nous avions écrit à ce propos: «Effectivement, dès les premières pages, l’héroïne, la jeune Tunisienne Ahlam, «sans qu’elle sache pourquoi», repense au fameux tableau qu’elle vient de voir dans une galerie à Helsinki: «Le Cri… La bouche qui s’ouvre, béante, immonde…Ce cri étouffé par les vitres. Il se propage en larges ondes concentriques. Déforment l’espace qu’elles envahissent, s’y diffusent en un malstrom silencieux. Une torture qu’on inflige là, dans le silence».  (p.9).

Et l’auteur de préciser, dans la foulée : «Là, le tableau se joue en ce moment même, derrière l’une des fenêtres des bâtisses qui flotte dans l’air froid en train de tournoyer autour d’elle… »

C’est là une mise en abyme, procédé stylistique habile, cher à l’auteur, qui se répète plus d’une fois dans ce roman, et qui finit par le transformer en  une véritable caisse de résonance. En effet, si l’héroïne, Ahlam, éprise de peinture, hante les galeries finlandaises, sa «compagne de désastre» May est, quant à elle,  peintre et même, avant son mariage, pendant un temps, responsable d’une galerie. C’est donc tout naturellement que, dans ce  roman, l’auteur s’inspire de Munch, de Simberg et d’autres noms contemporains peu connus comme Elina Merenmis, Lila Karbowska ou encore Osma Rauhalla.

Rafik DARRAGI

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Cécile Oumhani : "... Car nous ignorons ce que nous sommes et allons à tâtons vers ce qui sans cesse se dérobe, de nous comme du monde..."

 

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