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Littérature:

Mardi 14 Septembre 2004

Arts plastiques

Sur les traces de nos artistes à l'étranger

Jouda Guerfali et l'illusion dans l'espace

L'acte de peindre a depuis longtemps perdu sa finalité première, c'est-à-dire celle de fixer le réel et de veiller à la ressemblance. La tendance, aujourd'hui, est largement à l'innovation, aux expériences pluridisciplinaires et aux nouvelles techniques, notamment la superposition et le recours au numérique et à la photographie. A cet égard, précisons que l'usage de cet outil n'est plus un sacrilège.

Longtemps décriée, car elle était considérée comme l'une des principales causes du recul de la peinture, la photographie ne porte plus désormais le sceau de l'infamie. Au risque d'offusquer les puristes encore réticents, on peut affirmer aujourd'hui que les "portraits d'après photos" et leurs variantes, l'image-expression et l'image-création, fleurissent un peu partout.

Jouda Guerfali est de ceux qui ont opté définitivement pour ce genre de peinture. Diplômée des Beaux-Arts de Tunis (design), titulaire d'un DEA obtenu en 1998 à la Sorbonne, intitulé "Esthétique, technologies et créations artistiques", elle prépare une thèse sur la notion d'objet dans les écrits religieux et esthétiques. C'est donc tout naturellement qu'elle s'adonne aujourd'hui à la technique mixte : photo-infographie-peinture à l'huile-calligraphie arabe.

Nous avons rencontré Jouda Guerfali au cours d'une exposition organisée cet été à l'Institut du monde arabe. Elle y a présenté une série de tableaux, reproduisant tous, en arrière-plan, le portrait d'une jeune femme. Lalla el Beya, El Jazya, Insan, Nour ou encore Sitar sont des œuvres conçues selon cette technique mixte qui fait appel à la technologie pour allier la photo non seulement à l'infographie et à la peinture à l'huile mais également à la calligraphie arabe.

Vous avez mis à profit votre travail sur le DEA. Les nouvelles technologies vous fascinent … Vous laissez libre cours à votre imaginaire.

Oui, j'ai recours à la photo et aux nouvelles technologies pour plusieurs raisons; elles me permettent une approche plastique des plus originales basée sur l'échange et le dialogue avec l'image et à travers l'image. Grâce à l'infographie notamment, je suis en mesure de traiter le visible, le palpable dans le virtuel. En vérité, dans mon travail, tout se base sur un dialogue : d'abord la technique elle-même est un dialogue entre la photo et la peinture à l'huile; quant à la photo, elle constitue un dialogue entre le modèle et moi; c'est un modèle que je prends en photo; la photo est ensuite imprimée sur toile, découpée, superposée.

La photo n'est plus uniforme…

Uniforme dans le plan, elle se transforme en illusion dans l'espace car j'élimine son contexte; c'est alors que je dialogue avec la toile : j'isole les couleurs; je fais de la peinture sur la toile, j'écris sur la toile…

L'écriture y est présente… Comme un jeu… une projection de paroles qui s'ajoute à une projection d'images ?

J'interviens en ajoutant des signes calligraphiques; il y a un jeu de lettres, si vous voulez, mais qui souligne un message. D'ailleurs, vous pouvez apercevoir l'inscription : "Insan", reproduite un peu partout car je n'oublie pas qu'avant d'être femme, mon modèle est un "insan"…

Vos tableaux ne portent donc que sur la femme?

Il s'agit de la femme vue à travers un symbole : le voile, je veux dire le voile culturel, non le voile religieux. Pour moi, c'est la trace de la culture, une trace palpable, esthétique, positive; le côté éclatant, coloré, le repère d'un héritage. Si la femme apparaît jeune dans tous mes tableaux, c'est parce qu'il s'agit de notre voile à nous, celui de ma génération, non celle de ma grand-mère.

Nous allons bientôt admirer vos toiles à Tunis?

Je l'espère. Je prépare une exposition à Dar El Jeld prévue pour octobre.

Propos recueillis par Rafik DARRAGI

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