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Littérature:

La Presse - Lundi 7 Février 2005

Actes des XXes Assises de la traduction littéraire - Arles (Bouches-du-Rhône) 7-9 novembre 2003

La culture de l'avenir

Elle est décidément dans l'air du temps. Il est beaucoup question de la littérature arabe ces jours-ci, même dans les actes des XXe Assises de la traduction littéraire, qui viennent d'être publiés aux Editions Atlas/Actes Sud. Tenues à Arles (Bouches-du-Rhône) du 7 au 9 novembre 2003, ces Assises avaient donné lieu à de multiples conférences et tables rondes autour du thème "Méditerranées".

Qu'on en juge : c'est au poète syrien, Adonis, dont le dernier recueil, Toucher la lumière, vient d'être édité en France, d'avoir le privilège de prononcer la traditionnelle conférence inaugurale. Présenté par l'arabisante Anne Wade Minkowski, il rend un vibrant hommage à tous ces traducteurs, à ces "passeurs de littérature" qui œuvrent sans cesse pour le bien de l'humanité tout entière : " …Pour moi, dit-il, la traduction est aussi indispensable que l'air et la lumière...J'irai même plus loin : la culture de l'avenir sera traduction, ou bien ne sera qu'une sorte de primitivisme reposant sur des normes simplifiées et banalisées. " p.11

Vient ensuite le travail de deux universitaires tunisiens, Soumaya Mestiri et Saber Mansouri, une étude exhaustive, une vraie référence. Présentés par Marie-Claire Pasquier, la présidente de ces Assises, comme étant " les premiers invités de ces Assises quand nous avons su que nous allions choisir le thème "Méditerranées"", les deux traducteurs, établis aujourd'hui en France, eurent "carte blanche", pour présenter leur travail. C'est ainsi qu'ils purent présenter, à tour de rôle, deux communications complémentaires portant sur le sujet : "Traduire les Grecs et connaître leur histoire".

La traversée en mer

Soumaya Mestiri commença d'abord par esquisser un panorama du mouvement de traduction grec-arabe du VIIIe au Xe siècle, soulignant au passage ses conditions d'émergence et son arrière-plan social, politique et idéologique avant de commenter certains textes philosophiques grecs traduits en arabe. Puis, ce fut au tour de Saber Mansouri de s'attarder, en "apprenti-historien", ainsi qu'il se définit lui-même modestement, sur l'aspect historique de ces textes.

Comme d'habitude, ces XXes Assises de la traduction littéraire ont programmé plusieurs ateliers de langues dont "Traduire la poésie arabe", animé par le Marocain Mohammed El Amraoui et l'arabisante Catherine Charruau. En présence du poète Adonis et d'un public nombreux, le débat était centré sur une anthologie de la poésie contemporaine marocaine ayant pour métaphore une traversée en mer.

Enfin, pour clore cette liste, signalons la table ronde consacrée à l'écrivain égyptien "Sonallah Ibrahim et ses traducteurs". Présidée par l'arabisant Richard Jacquemond, elle a donné lieu à un débat passionné sur la déontologie du traducteur dont le rôle ne doit en aucun cas être minimisé, comme l'affirme Sonallah Ibrahim lui-même : "Le traducteur n'est pas seulement quelqu'un qui fait passer un texte préexistant, c'est quelqu'un qui est un partenaire à part entière de la création littéraire". p. 108

La loi du pendule

Certes, "traduire c'est trahir", a-t-on dit, surtout lorsqu'il s'agit d'un texte "hétéro-idiomatique". Passeur mais aussi défenseur, le traducteur est soumis à la loi du pendule, qui le fait osciller entre sa propre créativité et sa fidélité au texte. Il n'en demeure pas moins vrai, cependant, qu'au-delà de ce que les linguistes appellent "la dénotation", voire, au-delà de cet apport subjectif si complexe, propre à l'auteur et qui constitue la pierre d'achoppement inévitable, le rôle du "passeur de la littérature" reste fondamental.

Il nous faut l'admettre. Les temps où un poète bilingue comme Salah Garmadi, dont nous saluons la mémoire, pouvait dire que l'homme du tiers monde est un "être mutilé", sont bel et bien révolus. Déjà, en 2001, sur ces mêmes colonnes (La Presse du 11 juin 2001), le professeur Habib Salha, qui connaît bien son sujet, affirmait : "Tout cela a fait son temps " et d'ajouter: "Nous savons de nos jours que l'emploi d'une seule langue dans un monde de "la diversité obligée" ressemble à un handicap. Les écrivains maghrébins donnent à voir les chevauchements de la traversée interculturelle, mettent en valeur la complexité même de l'unité des contraires, rapportent les densités conjuguées dans les deux langues".

R.D.

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XXes Assises de la traduction littéraire (Arles 2003), Atlas,/Actes Sud, 192 pages.

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