Retour page accueil

 

Critique littéraire :

Culture

Sur les traces de nos artistes à l’étranger

L’âme du texte ou la calligraphie d’Abdallah Akar

Le peintre calligraphe Abdallah Akar est de nouveau à l’affiche à Paris. Il expose du 18 mai au 30 juin, au cœur de Paris, à la prestigieuse Galerie Saint-Martin(*). Son exposition se tient dans le cadre de la traditionnelle manifestation artistique ‘‘Carré rive gauche’’.

Délimité par la rue de l’Université, la rue du Bac, la rue des Saints-Pères et le Quai Voltaire sur la Seine, ce ‘‘carré’’ regroupe chaque année 140 antiquaires et galeristes d’art contemporain. C’est dire l’estime dont jouit le peintre calligraphe tunisien, puisque ce carré représente l’une des meilleures entités de la vie artistique française.
Parce qu’elle se prête aussi bien à la contemplation qu’à la lecture, et qu’elle possède une valeur esthétique intrinsèque, la calligraphie véhicule des idées et des sentiments, qu’ils relèvent du sacré et / ou du profane, de l’historique ou de l’allégorique. De là à affirmer qu’elle véhicule des messages susceptibles d’être séditieux, d’ordre religieux, surtout dans le contexte actuel, il n’y a qu’un pas que d’aucuns n’hésitent pas à franchir.

Il est vrai que l’artiste s’érige, parfois malgré lui, en un communicateur de messages. L’idée de beauté elle-même, celle de la ligne (khatt) en calligraphie, n’est-elle pas étroitement tributaire de l’idée de production artistique ? Tout art possède une fonction propre, un message. Or, le message d’Abdallah Akar reste toujours un message d’ordre personnel, intime, l’âme du texte, si l’on ose dire, dans la mesure où le texte lui-même n’est qu’un prétexte. Homme discret, sensible et rêveur comme tous les artistes, il puise son inspiration directement dans la poésie, qu’elle soit arabe ou occidentale, celle de Badr Châker As-Sayyâb ou d’Aboul Kacem Chabbi, celle d’Eluard ou de Prévert.
Intitulée ‘‘Nouvelles du désert’’, cette nouvelle exposition frappe par son originalité. Sur le plan support surtout, car Abdallah Akar qui nous a habitués aux grands formats, aux installations d’envergure, et aux grandes stèles en fer, nous présente cette fois de petits carnets qui se déplient, disposés à plat ou en éventail, très attractifs. Des enluminures chargées d’ors, de pigments chatoyants, nimbées de cette ineffable spiritualité inhérente à la calligraphie arabe.

M. Boyer, responsable à La Galerie Saint-Martin, ne tarit pas d’éloges sur l’homme et sur l’œuvre : “J’ai connu Abdallah, il y a une quinzaine d’années ; et j’ai vu plusieurs de ses expositions, à Eragny, au Salon d’art sacré contemporain, et à Saint-Ouen L’Aumône. J’ai été frappé non seulement par son talent, mais aussi par sa discrétion et sa modestie. Il est plus qu’un calligraphe, il est aussi artiste peintre. Il est discret mais ouvert à toutes les techniques. Il a réussi à transformer le concept classique de la calligraphie et à utiliser des pigments dont lui seul a le secret. Il est constamment à la recherche d’autres supports que le papier, la toile ou le verre. Il a récemment organisé une exposition où il a présenté des structures en fer. Mais la modestie naturelle ne l’amène pas devant les lumières; c’est pour cette raison qu’il mérite tous les encouragements’’.

Heureusement, les temps sont loin où Abdallah Akar nous confiait sa tristesse et son découragement : «Depuis la guerre du Golfe, l’atmosphère s’est considérablement dégradée et mon travail s’en ressent. C’est une influence néfaste sur mon moral. Oui, aujourd’hui, j’avoue que je me sens cassé. Mon calame est pour ainsi dire cassé. Les Arabes sont au creux de la vague, c’est certain et c’est triste.» (La Presse du 28 janvier 04).

Aujourd’hui, pour son plus grand bonheur, et à son image, le sacré et le profane se mêlent et se rejoignent. Ses œuvres ornent non seulement la vitrine d’une des plus célèbres galeries parisiennes, mais également l’église de Saint-Ouen L’Aumône. En effet, dans le cadre du Jubilé de l’Eglise du Val d’Oise, organisé par le diocèse de Pantoise, Abdallah Akar expose dans ce lieu de culte, jusqu’à dimanche, une œuvre splendide intitulée ‘‘Les Sept Dormants’’. Il s’agit d’une installation représentant la légende des 7 Dormants d’Ephèse : sept plaques en verre sur lesquelles se détachent, en un tracé délicat, des Versets tirés de la Sourate "La Caverne" (Ahl al Kahf).
D’autre part, ‘‘Les Poèmes suspendus’’, ou ‘‘Mouallaquat’’, œuvre monumentale, une structure originale d’une série de toiles calligraphiées rappelant les poèmes suspendus à La Kaâba, réalisés pour le compte de la médiathèque de Saint-Ouen l’Aumône, vont être exposés de nouveau au Festival de musique sacrée de Fès, au Maroc entre le 2 et 12 juin.