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Littérature:

La Presse de Tunisie Lundi 11 octobre 2004

Remise du Prix Sharjah au Pr Abdelwaheb Bouhdiba au siège de l'Unesco

La voix de la culture arabe

La cérémonie de remise du Prix Sharjah pour la culture arabe a eu lieu vendredi 1er octobre au Palais de l'Unesco à Paris. Institué en 1998 conjointement par l'Unesco et le gouvernement des Emirats Arabes Unis, ce prix est destiné à récompenser l'œuvre d'un ressortissant d'un pays arabe et d'un ressortissant de tout autre pays, qui auront contribué, par leurs œuvres artistiques, intellectuelles ou promotionnelles, au développement et à la compréhension mutuelle de la culture arabe dans le monde. Il a été décerné cette année à deux lauréats, l'un de Tunisie, le Pr Abdelwahab Bouhdiba, et l'autre d'Espagne, le Professeur Juan Vernet Ginès, grand spécialiste de la science arabe - en particulier l'astronomie et la cartographie - du Moyen-Age et de la Renaissance.
La notoriété de notre compatriote, le professeur A.Bouhdiba, n'est plus à faire. Professeur de sociologie à l'université de Tunis, agrégé de philosophie et docteur ès lettres, il est aujourd'hui président de l'Académie tunisienne des sciences, des lettres et des Arts (Beït Al Hikma) à Carthage. La sexualité en Islam, son ouvrage le plus connu, a été traduit en anglais, en arabe, en espagnol, en japonais, en bosniaque et bientôt en portugais.
Selon le Dr Hussein Ghubash, ambassadeur, délégué permanent des Emirats Arabes Unis auprès de l'Unesco et membre du jury, le lauréat tunisien a été toute sa vie confronté à "la réalité de la culture arabe actuelle, à la recherche des réponses nécessaires à cette culture pour faire face aux défis qui se dressent devant son présent et son avenir intellectuellement, culturellement, socialement et politiquement; une culture qui se caractérise aujourd'hui par un bouillonnement permanent et qui n'hésite pas à questionner son passé, son présent et ses perspectives d'avenir… Le Pr Abdelwahab Bouhdiba, conclut-il, se caractérise par le fait qu'il matérialise par sa façon et son activité toutes les préoccupations de l'Unesco ainsi que sa mission… En d'autres termes, il est la voix de la culture arabe dans l'enceinte de l'Unesco".

Le mot de Jaime Torrès Bodet

Homme de culture, Bouhdiba est aussi homme d'une extrême affabilité. Il sut trouver dans son allocution, en français, puis en arabe, les mots justes pour remercier tour à tour le jury et les personnalités présentes, notamment MM. Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Unesco, et Mongi Bousnina, président de l'Alecso. En termes émouvants, il rappela le conseil qui lui a été prodigué en 1951 par le Président de l'Unesco Jaime Torrès Bodet en personne lors de sa première visite à cet organisme, en compagnie d'autres étudiants : "N'oubliez pas, mes enfants, que chaque homme a deux patries, sa patrie propre et l'humanité." Puis il évoqua l'esprit humaniste, "l'éducation de base et le développement des sociétés pour construire la paix de façon durable", qui a constamment animé l'Unesco, cette institution auprès de laquelle il trouva toujours "l'appui renouvelé et nécessaire". "Aujourd'hui, précise-t-il, un demi-siècle après, j'aurais espéré que ma créance envers elle soit moins lourde."
Grâce à l'apport en particulier de la langue française, dit-il, "je me suis rendu compte au fil des ans que l'Europe était le rêve inaccessible de l'Islam; je me suis rendu compte aussi que l'Islam était le rêve inachevé de l'Europe et j'ai contribué humblement à la concrétisation de ce rêve pour donner à ma vie un sens remarquable."
Le Pr A.Bouhdiba ne manqua pas de rendre ensuite un vibrant hommage au gouvernement des Emirats Arabes Unis pour les efforts déployés en vue de promouvoir la culture arabe dans le monde, et au deuxième lauréat, le Pr Jaime Vernet Ginès qui se trouve être un ami de longue date : "Je ne pouvais rêver meilleur partenaire pour recevoir ce prix", avoua-t-il sous les applaudissements de l'assistance.
A l'issue de la cérémonie M. Mongi Bousnina a déclaré à La Presse : "Cette fête de la culture et le grand intérêt que porte le public international à l'attribution de ce prix montrent que la culture arabe est bien là et qu'elle est bien présente ; c'est une culture qui a donné dans le passé, qui continue de donner et qui donnera encore à l'avenir. Nous sommes extrêmement heureux que le professeur Abdelwahab Bouhdiba de Tunisie, ait trouvé là un couronnement pour toute son œuvre extraordinaire dans le domaine de la culture arabe et pour son travail inlassable pour mieux faire connaître cette culture auprès des autres et pour transmettre les valeurs éternelles de cette culture, valeurs d'ouverture, d'amour de la science, de travail bien fait et également de dialogue entre les cultures et dialogues entre les civilisations, et la vitalité de la culture arabe est aujourd'hui présente dans cette salle et fait plaisir à tous ceux qui œuvrent dans le sens de sa promotion et de son développement."

Rafik DARRAGI

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