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Critique littéraire :
La presse de Tunisie
Culture
Mercredi 1er mars 06
Hôtel de Ville de Paris
Le coup d’éclat
de la 12e édition du Maghreb des livres
C’est dans les splendides salons de l’Hôtel
de Ville de Paris qu’a eu lieu, samedi et dimanche
derniers, la 12e édition du Maghreb des livres,
cette manifestation annuelle parisienne devenue au fil
des ans, aux dires de ses organisateurs «le plus
grand salon du livre sur le Maghreb et l'intégration,
sur les deux rives de la Méditerranée.
L’un
des événements culturels-phares pour les
Maghrébins de France et pour les Français
attachés au Maghreb». Il faut dire que
les chiffres avancés sont éloquents: plus
de 6.000 visiteurs ont participé à la
dernière édition, en 2005. Cette année,
plus de 230 auteurs, connus et moins connus, y ont dédicacé
leurs ouvrages.
L’association
«Coup de Soleil» qui organise le Maghreb
des livres est née en 1985, grâce aux efforts
d’une dizaine de personnes des deux rives, partageant
«une même vision du monde et du rapport
avec les autres », et désireuses d’apporter
leur pierre à la lutte contre le racisme en France,
en mettant en valeur tout ce que les populations originaires
du Maghreb apportent à ce pays. Le Maghreb des
livres entrait, au début, dans le cadre d’une
vaste campagne nationale de promotion du livre et de
la lecture, «Lire en Fête», organisée
par le ministère de la Culture et de la communication
à travers le Centre national du livre (CNL )
afin d’inciter le public à la lecture,
et aussi pour mettre en valeur le rôle du libraire
dans la vie intellectuelle. Puis, peu à peu,
avec la complicité active du maire de Paris,
Bertrand Delanoë, qui est né à Tunis
et qui a vécu à Bizerte, son action a
pris de l’ampleur.
Une
extraordinaire vitalité éditoriale
Aujourd’hui,
l’association vise à mettre en valeur en
particulier les oeuvres écrites dans les douze
derniers mois exclusivement sur le Maghreb et les populations
qui y ont leurs attaches et leurs racines. Après
la Tunisie, l’année dernière, c’est,
cette année, au tour du Maroc d’occuper
une place privilégiée. Ainsi pendant deux
jours «la plus grande librairie en France sur
le Maghreb et l’intégration» s’est
installée dans les salons de l’Hôtel
de Ville de Paris, dans un décor fastueux, au
milieu des riches dorures, des lambris, des miroirs
et des lustres. Après les graves émeutes
qui ont frappé les banlieues françaises
et les relents de racisme engendrés par plusieurs
tristes affaires, comme celle des caricatures, par exemple,
on mesure toute la portée de cette manifestation.
Cette association est d’ailleurs coutumière
de ces coups d’éclat. N’avait-elle
pas réuni, en 1991, en pleine guerre du Golfe,
sur la scène de l’Olympia, ensemble Bedos,
Boujnah et Smaïn ? Trois amis fiers de travailler
ensemble dans la tourmente à un moment où
leurs communautés respectives auraient pu se
dresser l’une contre l’autre.
Mais la meilleure façon d’éradiquer
le racisme, c’est de faire en sorte que tout ce
que le Maghreb apporte à la France soit mieux
connu par les Français, qu’il s’agisse
de l’histoire, de l’actualité, dans
tous les domaines, de la littérature, du sport,
du cinéma, de la musique. L’extraordinaire
vitalité éditoriale portant sur tous les
thèmes se reflète aisément dans
les quelque 1.000 nouveautés parues en France
en 2005.
Dix
mille titres dans les domaines les plus variés
Cette année, les organisateurs ont sélectionné
et présenté au public parisien plus de
10.000 titres, et une trentaine de revues et de magazines
dans les domaines les plus divers: littérature,
histoire, sociologie, politique, beaux-arts, BD, cuisine,
déco, ou jeunesse. S’y ajoute, bien entendu,
le meilleur de la production 2005 des éditeurs
d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. L’entrée
étant gratuite, possibilité est ainsi
donnée à tous les Parisiens de découvrir
les talents émergents et les nouvelles tendances
de la littérature du Maghreb et de rencontrer
les auteurs venus signer leur ouvrage et dialoguer avec
leurs lecteurs. Nous avons recensé pour la Tunisie
10 auteurs : Ali Bécheur, Hélé
Béji, Tahar Bekri, Abdelmajid Chorfi, Abdelwahab
Meddeb, Albert Memmi, Gilbert Naccache, Aroussia Nalouti
et Cécile Oumhani.
Autre témoin de la vitalité de la réflexion
et de la vie culturelle du Maghreb en France, le nombre
de plus en plus important de tables rondes et de rencontres.
Cette année, le Maghreb des livres a organisé,
outre des projections de films, quatre tables rondes
à propos de la littérature marocaine,
de l’histoire de la France et du Maghreb en 1956,
des Codes de la famille au Maghreb, et de la discrimination
positive et des égalités des chances.
Quant aux rencontres, on en dénombre sept dont
un hommage à Ibn Khaldoun; un hommage à
Mohamed Choukri; les 50 ans de Nedjma de Kateb Yacine;
le cinéma marocain; génération
amazigh; un hommage à Jamal-Eddine Bencheikh
et le Matrouz, théâtre-conte judéo-arabe.
D’autre part, Beur FM, première radio du
Maghreb en France, qui retransmet en direct depuis les
salons de l’Hôtel de Ville plusieurs de
ces rencontres et de ces tables rondes, a décerné
son prix à Noureddine Saâdi pour son livre
La Nuit des origines, Editions de l’Aube.
Un public ravi a pu entendre l’ensemble Mouv’Mantais
et la Daqqa Marrakchia samedi, et voir le lendemain
la pièce Moha, le vent des sables, adaptée
du roman de Tahar Ben Jelloun, ainsi qu’un défilé
de mode présenté par les jeunes stylistes
marocains Hind Joudar et Ahmed Bel Hassani. La nouveauté,
cette année, fut le récital de slam, cette
poésie urbaine des jeunes d’aujourd’hui,
un récital donné par la troupe Slam-Production
et qui draina la foule.
Symbole de cette union qui sous-tend les principes fondateurs
de l’association «Coup de Soleil»
est cette riche exposition réunissant les calligraphies
du Tunisien Abdallah Akar, les peintures de Michel Giliberti,
artiste né en Tunisie, les photographies d’Yves
Jeanmougin, né à Casablanca, et une série
de reproductions de toiles de peintres marocains contemporains.
Notons, enfin, que grâce aux efforts conjugués
de plusieurs organisations dont les Bibliothèques
de Paris, la mission Bibliothèques-jeunesse,
la médiathèque jeunesse de l’Institut
du monde arabe et la Joie par les livres, les enfants
ont eu droit à un espace jeunesse plein d’animation,
présentant un large choix de livres et albums
de lecture, de calligraphie arabe et de bandes dessinées.
Rafik
Darragi
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