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Critique littéraire :
La
Presse - 4 octobre 2003 - Culture
Sur
les traces de nos artistes à l'étranger

Le
monde "amarien" de Amar Ben Belgacem
Jeune,
élancé, élégamment vêtu
de blanc, Amar Ben Belgacem ne donne pas, à première
vue, l'impression d'être un artiste peintre, au
parcours déjà impressionnant, mais plutôt
celle d'un "dandy" de la société
parisienne.
"Le
Mozart de la peinture tunisienne" - l'expression
est de notre confrère Bady Ben Naceur - a, en
effet, exposé pour la première fois en
1993, à Hammamet, dès l'âge de douze
ans. Sa seconde exposition eut lieu deux ans plus tard
successivement au Maroc et en Belgique.
L'année
suivante, il fut invité au Luxembourg, à
Paris, à Nabeul et Hammamet. Puis ce fut à
Tunis et une fois encore, à Paris, au Salon des
Beaux-arts de l'Académie internationale de Lutèce
(AIL) dont il deviendra membre à vie la même
année. Depuis, les expositions se succèdent
régulièrement à Paris, à
Londres, à New York, bref, dans les quatre coins
du monde. La dernière en date eut lieu en mars
dernier à la galerie parisienne A Part.
Dans
le cadre de la rubrique "Sur les traces de nos
artistes à l'étranger ", La Presse
vous présente aujourd'hui l'interview qu'elle
a réalisée avec ce jeune prodige de la
peinture tunisienne. La rencontre eut lieu au début
de cet été, Place du Châtelet, en
plein cur de la capitale française, dans
un café huppé, style début du siècle
dernier. La discussion s'avéra vite agréable.
Amar Ben Belgacem était volubile et maniait la
langue de Voltaire avec une aisance époustouflante.
Nous
n'avons pas eu, malheureusement, trop l'occasion de
voir vos uvres. Celles que nous avons pu voir
sur votre site internet (www.amarart.com) sont quelque
peu déconcertantes. Elles apparaissent à
la fois d'une simplicité déroutante et
d'une subtilité éblouissante. Sont-elles
réellement des toiles à thèmes
?
Voyez-vous,
je suis un peintre abstrait mais de temps en temps je
suis influencé par la vie réelle de tous
les jours.
Il
y a pourtant le gestuel, le corps humain dans vos uvres;
vous ne faites pas de portrait?
Non,
je ne vise pas à restituer la réalité,
comme une photographie. Je me contente d'insérer
parfois un visage, celui d'une jeune fille par exemple;
je mets des oiseaux, des champignons, des fleurs, des
papillons ; je les insère, non tels qu'ils m'apparaissent
mais d'une façon à moi, tout à
fait abstraite. Je ne cherche pas le réalisme
; j'essaye de rendre ce que je ressens selon mon propre
mode de visualisation, toujours avec un immense plaisir,
car je suis convaincu que la peinture est une fenêtre
pour le monde que je tente de créer; je peins
donc avec beaucoup de plaisir, beaucoup de sérénité,
ce qui contraste avec la vie de tous les jours, pleine
de bruit et de fureur. Ma peinture reflète le
bonheur, la joie, pas la tristesse ; bref un monde "amarien".
Vous
préconisez une autre esthétique, une façon
particulière de transcender la réalité?
Je
n'ai pas cette prétention ; je ne préconise
rien. Je me contente d'inviter le monde entier à
découvrir mon univers ; c'est un univers que
je crois plein d'harmonie ; parce que je suis créateur,
je veille beaucoup à l'harmonie des couleurs.
Et
vous veillez également à leur potentiel
expressif, leur charge émotionnelle ?
Je
veille surtout à la façon de les disposer.
C'est elle qui fait la différence ; ma peinture
est une uvre d'amour, composée dans la
sérénité la plus absolue. Mon esprit
ne se libère qu'une fois dans mon atelier à
Romilly/Seine, à moins d'une centaine de kilomètres
à l'est de Paris. C'est là, dans ce petit
village idyllique que je m'isole, loin de tout souci.
Je ne peins jamais quand je suis triste. Je me conforme,
dans mon travail, à un rituel immuable ; je ne
commence mon premier coup de pinceau qu'après
avoir tout nettoyé, tout préparé
; il m'arrive ensuite de rester des heures entières
devant un tableau avec, à l'arrière-plan,
beaucoup de musique, arabe et occidentale.
Vous
avez une nette préférence pour la gouache
Oui,
j'ai définitivement adopté la gouache
après des années de recherches ; j'ai
essayé la peinture à l'huile, l'acrylique,
le pastel, l'encre de chine, les vitraux, mais je trouve
que la gouache est plus amusante.
Votre
premier maître a été Aly Ben Salem.
Son influence est toujours perceptible dans vos uvres
; elle s'en dégage comme un parfum. Une sorte
de peinture de papier peint. Il n'y a pas eu de rupture
depuis ? N'avez-vous pas été influencé
par d'autres maîtres?
C'est
vrai, mon premier maître a été incontestablement
Aly Ben Salem ; il demeure mon peintre préféré
; j'ai acquis plusieurs de ses tableaux ; j'aime beaucoup
sa peinture. Je la situe volontiers entre Les Mille
et une Nuits et l'art de la miniature. Il y a aussi
Miro ; sa peinture est évidemment plus abstraite,
mais j'y retrouve mes couleurs préférées,
celles de Ben Salem également. J'aime aussi Kandisky,
le premier peintre russe de l'abstrait ; j'ai vu beaucoup
de ses tableaux ; ses " improvisations " notamment,
sont magnifiques ; j'ai été à une
rétrospective de ses uvres à la
Royal Academy de Londres, il y a deux ans. A New York,
au printemps dernier, j'ai eu l'occasion de voir, encore
une fois, plusieurs de ses tableaux. Je suis frappé
par ses abstractions, ses couleurs, ses assemblages.
Ces peintres m'ont influencé, c'est certain.
Mais comme je suis un autodidacte, encore jeune, je
suis constamment à la recherche de nouvelles
expériences. En fait, j'éprouve une terrible
soif d'apprendre. Cela est perceptible surtout dans
ma passion pour la lecture et le cinéma. Je lis
beaucoup, dans ma solitude, au café, au métro
; j'ai toujours un livre à la main ; un livre
est un compagnon extraordinaire. J'aime aussi le cinéma
; je vois beaucoup de films, presque tous les jours
; c'est ma manière à moi de me cultiver.
Bien entendu, je côtoie dans ma vie beaucoup d'artistes,
des gens souvent plus âgés, plus expérimentés.
Vous
allez bientôt exposer à Tunis ?
Oui,
bientôt. Je retrouve toujours mon pays avec une
immense joie. C'est sous le ciel bleu et serein de Hammamet
que je me ressource régulièrement.
Entretien
conduit par Rafik Darragi
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