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Critique artistique & littéraire:
La
Presse de Tunisie - Jeudi 15 septembre 2005
Sur les traces de nos artistes
à l'étranger
Ahmed Ben Dhiab ou le talent multiple
Le
quêteur d'unité
"On
entre dans la voix de ce chanteur comme on entre dans
une cathédrale : même majesté, même
amplitude, même rythme des colonnes porteuses,
même légèreté au sommet de
l'espace ouvert soudain éclairé par les
anges des vitraux
Etonnant Ahmed Ben Dhiab qui
ne chante de psaumes d'Islam, qui ne prête à
la parole soufie - si profonde, si mystérieuse
si brûlante d'intériorité ravagée
- la puissance de son thorax que pour affirmer, dans
un scintillement stellaire, la convergence de toutes
nos aspirations d'une rive à l'autre, d'une civilisation
à l'autre, mais aussi d'une musique à
l'autre. L'homme est un quêteur d'unité,
et pour Ahmed Ben Dhiab, l'unité ne peut être
rejointe véritablement que par les chemins de
l'art".
Ainsi parle le poète et écrivain Salah
Stétié du chanteur et vocaliste franco-tunisien
Ahmed Ben Dhiab.
Artiste polyvalent, Ahmed Ben Dhiab ne maîtrise
pas l'art vocal uniquement. A la fois peintre, musicien,
poète, metteur en scène et directeur artistique,
il vit entre Paris, Milan et Tunis. Avec sa compagne,
Francesca Limoli, Ahmed Ben Dhiab organise tous les
ans "Celebrazion", un festival international
d'été consacré à la musique
et aux arts contemporains, dans la petite ville de Castano
Primo près de Milan. La dernière session
(la huitième) était placée sous
l'égide de l'Unesco, de la Commission européenne
et du Comité culturel et la province de Milan.
Elle a réuni la chorégraphe arabe Lamia
Saffiedine, le spécialiste du hip hop et de break
dance, l'Africain Bouba, la danseuse de jazz Fanny Coulm
et Emile Josse, étoile montante de la danse contemporaine.
Nous l'avons récemment rencontré à
Hammamet. Grand, portant barbe et béret blanc
à petits pois rouges, il déambulait sans
cesse dans la vieille cité et le long du port,
à l'affût des splendides couchers du soleil.
Vous ne chantez que la poésie arabe, celle des
soufis. Vous portez haut la parole mystique. Le musicien
et poète Rodrigo de Zayas, qui a écrit
sur Ibn Arabi, ne tarit pas d'éloges sur votre
talent. Venant de lui, c'est un grand hommage
Effectivement, je chante la poésie d'Ibn Arabi
ou du grand Hallaj. Rodrigo de Zayas est un grand ami;
il apprécie mes improvisations modales et mon
travail avec le spécialiste de musique électronique
Ruggero Taje. Ce dernier enseigne au Conservatoire de
Turin. Nous avons enregistré ensemble un CD intitulé
Converzatione musicale oriente-occidente : passion,
souffle et lumière.
Le chant n'est pas votre seul talent. Vous êtes
également peintre
Oui, j'ai commencé à peindre très
jeune.
Mais le chant a pris le pas sur la peinture
Pas exactement. Je me considère avant tout peintre
car non seulement je continue toujours à peindre
et à exposer un peu partout dans le monde, mais
je pense également qu'il existe une correspondance
entre les deux disciplines. Comme je suis également
musicien, les sons et les couleurs se complètent.
Vos projets?
Pour ce mois de septembre, j'ai obtenu une bourse pour
une résidence artistique à la fondation
d'art "Orestia" de Gibellina, en Sicile. Au
mois d'octobre, je donnerai deux concerts, l'un à
Gibellina et l'autre à Milan. Par ailleurs, j'envisage
une tournée à travers l'Europe mais quelques
détails restent à fixer. Quant à
la sortie de mon nouveau CD Rouh (âme), elle est
prévue pour novembre.
Propos
recueillis par Rafik DARRAGI
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