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Critique littéraire :

La Presse littéraire

Sur les traces de nos artistes à l’étranger

Les « Nouvelles du désert » de Abdallah Akar

Les expositions de notre compatriote Abdallah Akar se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui a eu lieu en mai dernier à la galerie Saint-Martin à Paris,  intitulée  «Nouvelles du désert», se tient désormais en permanence.

 Elle n’est constituée que par des œuvres sur papier, un magnifique ensemble de carnets calligraphiés en couleur, que notre artiste a voulu créer en hommage à la poésie arabe et française. En revanche, celle  présentée à Dar Tazi  lors du Festival de Fès,   au Maroc, l’été dernier, concerne ses fameux «Poèmes suspendus». Il s’agit d’une quinzaine de tentures monumentales, rappelant les odes préislamiques ou  mouallakats, d’immenses installations qui constituent aujourd’hui le cœur de son travail et qu’il a de nouveau présenté en septembre à Mantes-la-Jolie. Le voici qui expose aujourd’hui au Centre culturel arabe syrien de Paris (du 23 janvier au 2 février).  Le virage, toutefois, n’est pas total. Si le support et la forme varient, la matière de son travail reste identique. Comme toujours, depuis les premiers balbutiements, l’artiste boit à la même source, puisant son inspiration dans la poésie arabe et occidentale.
  Bien entendu, l’œil profane peine à appréhender le style ou même le texte. Reconnaître  le  naskhî, distinguer le muhaqqaq du  thuluth, ou du rayhânî  ou encore  du tawqî est une vraie gageure tant la taille des lettres,  leur épaisseur et  leur position, ajoutées au mouvement du trait, déroutent le regard. L’ensemble  reste néanmoins accessible grâce à l’effort esthétique, un audacieux mélange de formes et de couleurs plutôt vives en général. Souvent un mot, une phrase  se détachent, par contraste, insérés au centre d’une délicate composition. Parfois, l’artiste délaisse la vivacité du trait pour tenter de faire vivre les couleurs ; alors, comme dans le tableau intitulé «La philosophie du serpent sacré», poésie de Chabbi    (encre acrylique sur toile),  il insère ça et là des éléments décoratifs qui rappellent l’enluminure : des traces physiques de l’effacement de la peinture, des ruissellements, des taches. En ce sens, on cherche en vain la visibilité du texte ou le réel centre d’intérêt de la composition comme si l’artiste ne semble préoccupé que par  l’ensemble, l’essence  même, de son travail.
Visiblement, Abdallah Akar comprend à sa manière l’art de la calligraphie. Il bouleverse allègrement son code  ancestral,  privilégiant le recours à une palette de couleurs lumineuses plutôt qu’aux calligrammes laborieux ou à la simplicité trop classique du  noir et blanc. Et  parce qu’il puise son inspiration dans deux cultures différentes, aussi riche et variée l’une que l’autre, l’artiste n’hésite pas à insérer des vers de Rimbaud, de Verlaine, de Prévert, de Chabbi, d’Ibn Arabi ou encore d’Essayab, bref, d’innombrables poèmes qui se prêtent avec aisance à la calligraphie. Le résultat, on le devine, est une œuvre aussi novatrice qu’élégante, mêlant savamment écriture et couleurs.
En exposant les calligraphies de Abdallah Akar, le Centre culturel arabe syrien honore notre compatriote de la plus belle des façons; mais en tant que vitrine de l’art et du savoir-faire arabe,  ce centre a un autre mérite, celui d’avoir œuvré pour qu’un calligraphe arabe dévoile lui-même sa propre personnalité, sa culture d’origine et, en même temps, son ouverture sur le monde occidental.


Rafik DARRAGI
 


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Exposition de calligraphie de Abdallah Akar, Centre culturel arabe syrien de Paris,12, avenue de Tourville, 75007 Paris