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Littérature:
La
Presse - Lundi 18 Octobre 2004
Rêves
de convalescence –
Textes
de Néguib Mahfoudh, traduits de l’arabe par Ahmed Youssef
et Rudolf El-Kareh – Préface de Mohamed Salmawy
Les
rêves en technicolor de Néguib Mahfoudh
Par
Rafik DARRAGI
Pour
marquer le quatre vingt douzième anniversaire du grand
romancier Néguib Mahfoudh, la revue littéraire égyptienne
Akhbar Al-Adab, lui avait consacré, en décembre
dernier, un long entretien avec Gamal El-Ghitani, accompagné
de 93 textes brefs, parus pour la première fois dans
la revue Nisf Al-Dunya sous le titre Ahlam
Fatrat Al-Naqaha.
Les Editions du Rocher viennent de publier aujourd’hui
cinquante cinq de ces textes, sous le titre Rêves
de convalescence. Ils se présentent sous forme d’une
série de rêves disparates, apparemment sans aucun lien
logique. La préface est de Mohamed Salmawy, figure bien
connue des milieux littéraires égyptiens. Déjà en 1996,
on s’en souvient, Néguib Mahfoudh avait publié chez
Lattès une œuvre intitulée Mon Egypte, Dialogues
avec Mohamed Salmawy. Ce dernier sait donc de quoi
il parle quand il affirme dans sa préface : « Inspirés
de ses rêves mais retravaillés au réveil pour atteindre
une forme littéraire spécifique, ces textes s’approchent
cependant au plus près des sources de l’imagination
et de la création. Ils apparaissent ainsi comme l’aboutissement
littéraire d’une démarche». (pp 11-12)
En effet, menacé de cécité, affaibli par l’âge, et les
suites d’un attentat qui a failli lui coûter la vie,
le Prix Nobel de littérature 1988 n’a plus son souffle
d’antan. Le temps est sans pitié, hélas. On pense, certes,
à toutes ces périodes de créations littéraires et à
toutes ces orientations variées mais distinctes, qui
ont émaillé sa vie, en particulier à cette lointaine
période dite ‘pharaonique’, qui vit éclore La malédiction
du Râ (1933), à la longue période ‘réaliste’ où
Néguib Mahfoudh fit feu de tout bois — Le Nouveau
Caire date de 1945 et Le voleur et les Chiens,
de 1962 — ou, encore, récemment, à cette période ‘philosophique’
ponctuée par d’innombrables récits et nouvelles.
Toutefois, venant d’un écrivain connu pour être l’un
des romanciers les plus prolifiques et les plus mordants
du monde arabe, un écrivain dont les œuvres ont paru
souvent sous forme d’interminables feuilletons, ces
textes ont de quoi surprendre tant par leur forme et
leur concision que par le message qu’ils sont censés
transmettre. Car, il ne faut pas s’y méprendre. Malgré
ce titre quelque peu réducteur, malgré ses véhémentes
protestations — il a publiquement refusé d’interpréter
ces ‘rêves’ — il s’agit bel et bien d’un recueil qui
relève plus de la parabole que du conte, où les lieux,
comme les temps, se trouvent transfigurés par la magie
du rêve.
Comme dans ses œuvres précédentes, l’auteur y fait revivre
les quartiers du vieux Caire, les ruelles et les impasses
de Gamaliya, d’Al-Hussein, ou d’Abbassia. Un fil ténu
certes, mais nettement perceptible, y court en filigrane,
enchaînant ces rêves, les liant judicieusement les uns
aux autres, du premier rêve – une série de surprises
désagréables rencontrées par un homme tiraillé par la
faim– jusqu’au dernier rêve, où l’auteur s’imaginant
poursuivi, s’engouffre dans une maison d’où l’on l’appelle
: «Je me précipite immédiatement à l’intérieur. Comme
s’ils étaient de retour après une longue absence, les
propriétaires rangent des objets et ôtent la poussière.
Personne ne paraît étonné de ma présence. Les propos,
les regards et les sourires sont si bienveillants et
amènes que j’oublie un instant l’existence même de ceux
qui se sont lancés à mes trousses». (pp.140-41)
S’agit-il, comme le suppose le préfacier Mohamed Salmawy,
d’une série de rêves où perce surtout une angoisse kafkaïenne,
une parabole visant un pays rongé par le doute, miné
par les méandres bureaucratiques ? Peut-être. Encore
faut-il préciser qu’à la différence de certaines œuvres
de l’auteur, basées sur l’onirique imaginaire, comme
par exemple, Ru’yât fima yara al-na’im ( J’ai
vu dans un rêve), Ahlam Fatrat Al-Naqaha sont,
de l’aveu même de l’auteur, bel et bien réels, des rêves
, dit-il, d’un «réalisme plus puissant», non
«en noir et blanc» mais «en technicolor».
Et c’est tout dire.
R.D.
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Néguib Mahfoudh, Rêves de convalescence, traduit
de l’arabe (Egypte) par Ahmed Youssef et Rudolf El-kareh,
préface de Mohamed Salmawy
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