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Critique littéraire :

La Presse Jeudi 14 Avril 2004

La Presse Economie

Lu pour vous

Les véritables raisons de la croissance et de l'avancée sociale en Tunisie

"Alors que l'on déplore fréquemment les échecs économiques (des nations) en voie de développement, on se réfère plus rarement à l'étonnante réussite de l'une d'entre elles, la Tunisie".

Ainsi commence l'essai que l'analyste financier, André Wilmots, a consacré à la Tunisie et qui vient d'être publié par les Editions l'Harmattan.

C'est un ouvrage concis, fort bien documenté, écrit dans un style limpide. Loin de se limiter à la collecte des chiffres et des études de statistiques, l'auteur y fait preuve d'un esprit comparatif fort louable en particulier lorsqu'il aborde les relations de la Tunisie avec les pays du Maghreb.

Après avoir présenté "un état des lieux en 1960", André Wilmots passe en revue les composantes du programme social tunisien, "la fièvre du développement", les moteurs de la croissance, notamment les industries exportatrices et "l'aventure touristique". Soulignant, au passage, l'habile gestion économique ainsi que l'ouverture et l'insertion internationale de la Tunisie, il fait l'éloge de ce contexte de stabilité et cette paix sociale qui caractérisent le pays et qui, à leur tour, drainent les investisseurs, compensant, du coup, le manque de ressources naturelles et le faible marché intérieur (p. 70).

Ce constat n'étonne guère. Quiconque suit de près l'évolution de la Tunisie ne manque pas d'être frappé par le parcours accompli en l'espace de quelques années. D'ailleurs, le rapport du FMI le reconnaît explicitement. Ce rapport, paru en février 2001, note qu'au "cours des années, le modèle de développement économique et social tunisien a produit des résultats qui méritent l'éloge en termes de croissance, de distribution des revenus et d'avances sociales" (p. 8), allant jusqu'à prédire une augmentation du PIB de 7% à l'horizon de 2006. Il rejoint dans ce sens l'éloge de la revue anglaise The Economist, citée par l'auteur : "La Tunisie est la nation la plus sophistiquée du monde arabe, économiquement bien gérée, où les salaires sont en moyenne six fois plus élevés qu'en Egypte et plus du double qu'au Maroc" (p.8).

André Wilmots note par ailleurs que "le social" est une constante de la gestion nationale, probablement une influence du "modèle scandinave" (p.67), puis, analysant les diverses hypothèses avancées à propos de la prépondérance des dépenses sociales, il conclut : "Quelles qu'aient été les raisons qui incitèrent la Tunisie à consacrer une fraction importante de son budget à la protection sociale, ce fut incontestablement un placement judicieux".

Force est donc de reconnaître que ces raisons qui incitèrent la Tunisie à consacrer une fraction importante de son budget à la protection sociale sont claires et nettes, car cette évolution économique que connaît aujourd'hui la Tunisie n'est pas le fait du hasard. Toutes les réformes engagées dans ce sens par le gouvernement tunisien, et elles sont nombreuses, portent en elles les prémices, celles de l'inclusion sociale comme celles de la libéralisation politique, puisqu'elles procèdent toutes d'une vision éminemment humaniste, d'un pari sur l'homme exclusivement.

A terme, le développement en cours, programmé d'une manière intelligente, permettra aux Tunisiens de ne plus aliéner leur liberté tant revendiquée, et au lieu d'être pris en charge, au lieu de compter sur l'Etat-providence, ils compteront désormais sur eux-mêmes.

Wilmots, reconnaissons-le, ne dit pas autre chose: "La leçon ? Il faut avant tout compter sur soi-même. Une vérité trop facilement camouflée par l'invocation de causes exogènes pour les insuccès en matière de développement. La vérité déplaisante qui en découle ? Un pays est en grande partie responsable de son succès - ou insuccès - matériel"(p. 9).

Rafik DARRAGI

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André Wilmots, de Bourguiba à Ben Ali. L'étonnant parcours économique de la Tunisie (1960-2000), Editions l'Harmattan, 150 pages.

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