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Littérature:
La
Presse - Lundi 7 Février 2005
Rencontre
avec l'auteur de Une journée à Palerme
Majid
Al Houssi : l'homme des deux rives
Par
Rafik DARRAGI
Avec
son bouc grisonnant et son costume gris à veste
croisée, Majid Al Houssi semblait sortir tout
droit d'un film de Visconti.
Faut-il
s'en étonner ? Majid Al Houssi est actuellement
titulaire de la chaire de linguistique française
à l'Université Ca' Foscari de Venise.
Il vit à Padoue depuis 1962. Une année
auparavant, muni d'une bourse du gouvernement tunisien,
il débarquait en France pour des études
supérieures. Survint alors la guerre de Bizerte.
Au lieu de Paris, ce fut Padoue.
Quarante-trois
ans ont passé depuis, Majid Al Houssi est, aujourd'hui,
l'un des membres les plus en vue de l'Université
de Venise. Ancien directeur du Centre interdépartements
des services linguistiques et directeur de l'Institut
des langues à l'Université d'Ancône
(Italie) jusqu'en octobre 1999, il a participé
à de nombreux colloques dans plusieurs pays d'Afrique,
d'Europe et d'Amérique. Il est, par ailleurs,
l'auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques.
Son dernier roman, Une journée à Palerme,
vient juste de paraître.
Majid
Al Houssi n'a pas pour autant rompu avec son pays natal.
Grand Officier du mérite éducatif de la
République Tunisienne, il est actuellement consultant
pour la coopération interuniversitaire (Italie-Tunisie),
rattaché au cabinet du ministre de l'Enseignement
supérieur et de la Recherche scientifique et
technologique. La Presse est allée à sa
rencontre :
Parlez-nous
de votre dernier roman Une journée à Palerme.
Quelles en sont les grandes lignes ?
Tous
mes textes ne sont qu'un va-et-vient entre les deux
rives, les deux rives de la Méditerranée,
un dialogue continu entre la Tunisie et l'Italie. Cette
fois-ci, le voyage à Palerme est simplement un
intermède. J'ai voulu faire un pèlerinage
aux sources de la civilisation arabo-normande. Une journée
à Palerme, qui vient de paraître aux Editions
IDLivres, est l'histoire d'un jeune Tunisois qui débarque
dans cette ville et qui s'imagine y rencontrer un lexicographe
de renom, originaire de Kairouan, Ibn El Kattar, qui
a vécu à Palerme au Moyen Age. Il sera
son maître et son guide spirituel à travers
cette ville chargée où les rues, les places,
l'architecture gardent encore ce cachet de la civilisation
d'histoire. Une sorte de voyage dans une cité
devenue le centre de la Méditerranée où
les rues, les places, l'architecture gardent encore
ce cachet de la civilisation arabe. C'est aussi un voyage
à travers les arcanes de l'histoire et de la
civilisation arabo-normande.
Au-delà
de ce procédé qui vous permet de revaloriser
un des plus beaux moments de l'histoire de Palerme,
l'histoire arabo-normande, n'y a-t-il pas également
un appel pressant pour l'ouverture aux autres civilisations,
pour la tolérance ?
C'est
exact, j'ai voulu par ce livre revisiter l'histoire
arabe dans la sérénité. Il vient
à propos, car nous vivons un moment critique,
voire tragique. C'est un appel aux intellectuels arabes
puisqu'il s'agit de leur histoire, de leur patrimoine.
C'est également un appel aux intellectuels occidentaux
qui continuent à vouloir créer un ennemi
qui n'existe pas. Les racines de l'Europe ne sont pas
seulement judéo-chrétiennes, elles sont
également arabo-musulmanes. Cette histoire de
Palerme est fascinante car, pour la première
fois, un peuple du Nord, chrétien, se plie à
la beauté, à la splendeur de la civilisation
musulmane. Les vainqueurs , c'est-à-dire les
Normands, sont devenus, en quelque sorte, les vaincus
dans la mesure où ils ont adopté spontanément
la langue et la civilisation arabes. L'empereur Frédéric
II maîtrisait parfaitement l'arabe ; c'est en
cette langue qu'il correspondait avec le monde arabe;
on frappait la monnaie en trois langues, le grec, le
latin et l'arabe. L'Islam était tolérant
et cherchait le dialogue. Donc détruire toutes
ces racines, c'est presque l'autogénocide.
Espérons
que ce livre aura le même succès que le
célèbre Lettere contro la guerra (Lettres
contre la guerre) de Tizziano Terzani, écrit,
on s'en souvient, au début de 2002 en réponse
à l'ouvrage acerbe contre l'Islam d'Oriana Fallaci,
Ràbbia e Orgoglio (Rage et Orgueil), paru quelques
semaines plus tôt.
R.D.
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