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Critique littéraire :
La
Presse - Lundi 1er Mars 2004
Littérature
La
morsure du mal
— Roman de J. Wallis Martin,
traduit
de l’anglais par France Camus-Pichon
Médiums
Par
Rafik DARRAGI
Tous
les indicateurs le prouvent : avec plus de 1.500 nouveaux
titres par an, et une appréciation de ce genre de littérature
de plus en plus grande, le roman policier a le vent
en poupe et, à l’évidence, les responsables de Belfond
en sont bien conscients. En effet, cette vénérable maison
d’édition, qui se consacre, depuis des lustres, presque
exclusivement aux œuvres étrangères, vient de publier
dans sa collection ‘Nuits noires’ plusieurs excellents
‘thrillers’ anglais dont le célèbre La Morsure du
mal, de J.Wallis Martin .
Ce
choix de l’éditeur n’est pas dû au hasard, puisqu’il
a déjà publié plusieurs œuvres de cette jeune anglaise
dont Le Poids du silence, en 2001, Descente
en eaux troubles, en 2002, ouvrage finaliste du
prestigieux prix Edgar Allan Poe Award, et Le Goût des
oiseaux en 2003.
Aujourd’hui comparée à Ruth Rendell, à Minette Walters,
ou encore à l’australienne Susan Geason, J.Wallis Martin
est l’étoile montante dans le firmament du thriller
psychologique. Avec La Morsure du mal, elle confirme
tout le bien que l’on dit d’elle. Pourtant, le risque
était considérable car ce roman a la particularité d’être
largement inspiré par de profonds traumatismes personnels.
En effet, J.Wallis Martin a été abandonnée par son père
avant sa naissance. Elevée par une mère maniaco-dépressive
dans un quartier déshérité de Warrington, elle perd
à l’âge de vingt ans son seul soutien et point de repère,
son mari, dans des circonstances tragiques. Voulant
entrer en contact avec le disparu, elle tombe, pieds
et poings liés, dans la nasse des médiums, ces charlatans
qui, sans vergogne, «exploitent délibérément les
plus vulnérables».
Aussi
est-ce autour d’un médium mystificateur que tourne La
Morsure du mal. A la suite d’une série de disparitions
dans un château médiéval anglais, des rumeurs de malédiction
commencent à se propager. Comme l’enquête de police
piétine, c’est une jeune femme, Audrah, docteur en parapsychologie,
qui prend l’affaire en main :
«…Audrah
se spécialisait dans un domaine plus proche de la psychologie
que du paranormal : celui des imposteurs s’attribuant
des pouvoirs occultes, en particulier ces prétendus
médiums qui tentaient de faire parler d’eux à la télévision
dès qu’une disparition ou un meurtre faisaient les gros
titres.» (p.18)
Mais Cranmer, le médium qu’elle veut démasquer, semble
en mesure d’accréditer ses pouvoirs :
«Fils
de bonne famille. Etudes dans les meilleurs établissements
privés. Mélange de charisme et de professionnalisme.
Rien à voir avec ces soi-disant médiums qui commençaient
pour la plupart comme illusionnistes. Beaucoup présentaient
ensuite leur numéro dans les cabarets pour gagner leur
vie. Les autres avaient compris qu’ils s’enrichiraient
plus vite en persuadant les gens qu’ils pouvaient communiquer
avec l’au-delà.» (p.88)
Le titre original étant Dancing with the uninvited
guest, on aurait tort de croire que le titre français
ne sied guère à l’œuvre. Au contraire, grâce à lui,
le lecteur reste rivé au suspense commencé dès la première
page :
«Soudain
il grimaça de douleur et porta la main à son cou, se
détendant quelques secondes à peine avant de répéter
son geste; sous les yeux de sa mère, des marques blanchâtres
se dessinèrent sur sa gorge. Lorsque Claudia finit par
en comprendre la cause, elle recula, horrifiée…
- Des morsures…Mon Dieu, Nicolas, quelque chose te mord
!»
Ainsi
commence La Morsure du mal. D’où proviennent
ces morsures? De quoi souffre le jeune Nicolas Harral
? Est-il aux mains d’une créature maléfique ou d’une
forme de psychose très rare ?
‘Felix
qui potuit rerum cognoscere causas’, heureux celui
qui a pu saisir les causes secrètes des choses. On peut
fort bien songer à ce fameux vers de Virgile, tiré des
Georgiques, lorsqu’on referme La Morsure du
mal. Voilà en effet un ouvrage prenant qui glorifie
d’une manière originale l’esprit rationnel, celui qui
perce les secrets de la nature et qui, surtout, refuse
de croire à l’existence de mondes inimaginables. A chaque
phénomène sur terre correspond une explication rationnelle.
Rien d’autre. Et s’il y a une conclusion à tirer à partir
de ce livre, c’est que l’esprit, même s’il n’est pas
un artefact mais une nature, est, en tout cas, matière
à un travail sur soi en même temps qu’à des influences
sociales et culturelles des plus subtiles.
R.D.
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J.Wallis
Martin, La Morsure du mal, traduit de l’anglais
par France Camus-Pichon, Editions Belfond, 291 pages.
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