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Critique littéraire :

La Presse _ Lundi 27 Janvier 2003

LITTERATURE

Du côté des revues

Migraphonies

Par Rafik DARRAGI

Une nouvelle revue, intitulée Migraphonies, vient de naître à Paris. Une énième revue ? Peut-être. Précisons toutefois que cette nouvelle publication, dont les deux premiers numéros ont déjà paru, a la particularité de s’intéresser aux littératures, musiques et arts du monde entier; elle vise, selon les mots de son responsable, Patrick Navaï, lui-même d’origine iranienne, à faire connaître l’Autre, à éviter que le fossé entre les nations et les civilisations se creuse davantage.

A vrai dire, on ne peut qu’applaudir à cette initiative car, dans le sillage de la mondialisation, la perception de la différence va en s’accentuant. L’individu a de plus en plus tendance à se retrancher sur lui-même, à rejeter le dialogue. Pour tenter de pallier un tant soit peu cette absence et réduire la fracture sociale qui ne cesse de s’élargir, cette nouvelle revue se propose donc de servir de plate-forme aux auteurs et artistes de toutes les nations; ils auront ainsi la possibilité d’agir, selon leur vocation même, en témoins de leurs temps et, le cas échéant, de proposer une éthique, en s’engageant sinon directement, du moins par tempérament artistique interposé. En effet, fiction, poésie, musique ou œuvre d’art sont autant de moyens de rapprocher les peuples et de réduire l’incompréhension.

L’optimisme est de rigueur car chez les artistes et les intellectuels, l’extériorisation de soi est devenue aujourd’hui un trait dominant. Ils pensent de plus en plus qu’ils ont leur mot à dire et qu’en s’ouvrant davantage, ils ne font qu’exister pleinement au sein de leur société. Et cela, il faut bien le reconnaître car, bien que leurs différentes œuvres ne soient pas le reflet exact de leurs sociétés respectives, elles en sont néanmoins une émanation; elles en offrent peut-être une vue quelque peu déformée, mais qui, en définitive, peut servir de base à une réflexion, à une émulation. Et dans la mesure où l’étude de ces tempéraments ne concerne nullement les fatalités de la chair, c’est-à-dire «le travail sourd des passions», comme disait Emile Zola, elles peuvent même constituer un enseignement utile: une critique indirecte du temps présent et possibilité donnée d’en tirer des conclusions.

Le «matrouze»

Et effectivement, le contenu de ces deux numéros reflète ce désir de communion avec les différents peuples du monde entier : tous les articles, qu’ils traitent de la poésie, de la littérature, de la musique (illustrée par CD inclus), du théâtre, du cinéma ou des arts graphiques et plastiques, apparaissent autant de miroirs et de prismes reflétant la diversité du monde, comme, par exemple, le parcours calligraphique, les réflexions et les poèmes du maître calligraphe chinois Shi Bo, ou encore cette admirable étude sur le «matrou

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