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Critique littéraire :
La
Presse de Tunisie ( Le
04 Juin 2007)
L’apport de la culture arabe
La
pensée libératrice
Il y a sept ans, un colloque s’était tenu à Nantes
ayant pour thème : «Peut-on encore ignorer l’apport de
la culture arabe à la construction de la culture
européenne ?» Initié et mené conjointement par
l’association Rencontres Méditerranéennes et
l’Université de Nantes, il avait réuni une pléiade
d’universitaires dont Mohammed Arkoun, Nadir M. Aziza,
François Clément, Jean Dhombres, Malika Pondevie Roumane
ou encore le regretté Michel Nancy.
Les actes de ce colloque ont fini par voir le jour fin
2006. Ils ont été publiés par les Editions L’harmattan
dans une collection intitulée «Histoire et Perspectives
Méditerranéennes», qui, précisons-le, s’étoffe de jour
en jour.
Il faut noter tout d’abord que, dans la préface de ces
actes, Mohammed Arkoun s’inscrit contre le titre choisi
par les responsables du colloque. Se livrant à une
attaque en règle contre la méthode historiciste souvent
adoptée par les historiens, une méthode coupable selon
lui, de multiples détournements et dérives «du sens vers
les effets de sens», il refuse «d’entrer dans la
problématique suggérée par le titre du colloque». (p.27)
S’il reconnaît que cette problématique est «utile pour
corriger les ignorances et les mutilations qu’a générées
une histoire générale de la pensée visant à ancrer les
origines intellectuelles et culturelles de l’Europe
moderne dans l’héritage gréco-romain», il reste, en
revanche, peu convaincu de son opportunité dans la
mesure où, aujourd’hui, «l’exaspération des passions,
des haines, des exclusions réciproques a atteint son
paroxysme avec l’attentat contre les symboles de la
souveraineté américaine elle-même, au nom de ce que tout
un chacun nomme «l’Islam» avec un I majuscule». (p. 27)
Dès lors, affirme-t-il, «l’échelle des ruptures et des
défis est désormais mondiale; invoquer une dette de
l’Europe et encore moins de ‘‘l’Occident’’ à l’égard de
la culture arabe ne peut désormais qu’anesthésier
davantage l’opinion arabe et musulmane en la détournant
des interrogations et des tâches qu’il aurait fallu
entreprendre au lendemain des indépendances politiques
dans les années 1950-1960». (p.27).
Pluralité des cultures
Il n’en demeure pas moins vrai, cependant, qu’il faut
continuer de débattre afin d’éviter les dérapages et les
errements de certains intellectuels communautaristes
obnubilés par la représentation de l’Autre comme «l’Axe
du Mal». Et, bien entendu, pour ce faire, un retour au
passé et plus particulièrement un retour à la
Renaissance s’impose. C’est la Renaissance qui avait
occulté, sinon marginalisé, l’héritage arabe en posant
comme postulat fondateur l’hellénisme et l’apport de
Rome.
La première des quatre parties de ces actes, intitulée
«La transmission des savoirs» regroupe les contributions
portant sur les domaines les plus connus, notamment
l’astronomie, la médecine et les mathématiques.
Ainsi Jean Dhombres soulève l’éternelle question de
savoir si l’astrologie est bel et bien une science à la
base de l’astronomie. Se référant à l’argumentaire
médiéval dirigé contre «l’imposture»- entendez les
astrologues-, cet universitaire met en exergue l’apport
des textes d’écrivains arabes, comme Al-Farabi ou Abu
Ma’sar al-Balhi, un médecin, disciple d’al-Kindi.
La seconde partie est consacrée à la transmission des
savoirs et à leurs réceptions. Gabriele Marasco,
Danielle Jacquart et Ahmed Djebbar, en particulier
soulignent l’apport des «passeurs» comme Constantin
l’Africain. Ce dernier, qui avait vécu en Tunisie et en
Cyrénaïque avant de s’établir dans l’abbaye du Mont
Cassin, était «le premier à faire connaître en Occident
la médecine arabe» (p.76).
La troisième partie, réservée aux réflexions de John
Tolan, Dominique Urvoy et J.P Charnay, illustre on ne
peut mieux la double image de l’Autre musulman qui
prévalait durant la Renaissance, un Janus au portrait
tantôt attrayant ( Avicenne, Averroès…), tantôt
repoussant.
Quant à la quatrième et dernière partie, elle amorce un
retour aux temps modernes en soulevant les problèmes de
l’Identité, de l’Intégration et de la Citoyenneté
«migrante». La situation actuelle, selon Catherine
Withol de Wenden, offre un «défi stimulant» qui consiste
à établir «un équilibre difficile» dans la mesure où «la
citoyenneté et l’identité européennes doivent être à la
fois suffisamment inclusives pour permettre aux
non-Européens d’y trouver leur place, et suffisamment
spécifiques pour se définir vis-à-vis de l’extérieur et
mobiliser autour d’un projet commun». (p.267)
Le mot de la fin de cet ouvrage si dense revient à
Malika Pondevie Roumane, présidente des Rencontres
Méditerranéennes :
«De fait, ce qu’ont apporté de neuf les Arabes, c’est
l’idée d’une activité de pensée libératrice, d’un
pluralisme des savoirs à travers la pluralité des
cultures…».
Rafik DARRAGI
__________________
Culture arabe et culture européenne, L’inconnu au Turban
dans l’album de famille, Actes du colloque de Nantes (14
& 15 décembre 2000), L’Harmattan, 278 pages
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