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Critique littéraire :
Les Mercredis
Culturels de l’Ambassade de Tunisie à Paris
(07 Février
2007)
Présentation de Rafik Darragi par Cecile OUMHANI
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L’auteur et Mme
Le Professeur Cécile Oumhani |

L’auteur avec son Excellence l’Ambassadeur
de
Tunisie à Paris Monsieur
Mohamed Raouf Najar
et
Mme
Le Professeur Cécile Oumhani |
Pour
la rentrée 2007, le Mercredi Culturel de l’Ambassade de
Tunisie, rendez-vous mensuel et régulier pour la
promotion de la culture et la littérature tunisienne en
France, a été consacré, le 07 février 2007 au roman
historique avec comme animateur et orateur, M. Rafik
Darragi, Universitaire, Journaliste et Homme de Culture
vivant en France.
Le roman historique
C’est un honneur pour moi que de présenter Monsieur
Rafik Darragi ici ce soir à l’Ambassade de Tunisie en
présence de Monsieur l’Ambassadeur.
Rafik Darragi est né à Sousse. Il y a fait ses études au
Lycée de Garçons, avant d’intégrer l’ةcole Normale
Supérieure de Tunis. Passionné de lettres françaises
autant que de lettres anglaises, c’est finalement vers
la littérature anglaise qu’il s’est tourné, soutenant à
la Sorbonne une thèse de Doctorat d’Etat consacrée à
l’œuvre de Shakespeare. Il a été Professeur à
l’Université de Tunis et a été aussi chargé de la
direction de l’Institut Bourguiba des Langues Vivantes.
Professeur invité dans plusieurs universités à
l’étranger, il continue ses travaux sur Shakespeare et
participe à de nombreux colloques internationaux sur
Shakespeare, notamment en Australie l’été dernier et
d’ici quelque temps à Prague.
Il est l’auteur de plusieurs essais : La violence dans
la tragédie jacobéenne, Université de Tunis, 1984, The
sword and the mask, Faculté des Lettres de Tunis, 1995,
Theatrical violence, Shakespearean and other studies,
CPU Tunis, 2000.
Il reste aussi à l’écoute de tous ceux qui écrivent,
comme en témoignent ses très nombreux articles de
critique littéraire dans La Presse de Tunisie. � la fois
généreux et exigeant, il offre aux poètes et aux
écrivains le regard précieux du lecteur et du critique,
ce par quoi on peut avancer dans la quête qu’est
l’écriture. Au fil des articles, sa réflexion dessine
cet espace fluctuant où se croisent les voix et les
imaginaires avec une constante attention à la nouveauté.
Requis par ses études shakespeariennes, Rafik Darragi
n’en a pas moins toujours conservé un attachement
profond pour les lettres françaises. C’est dans cette
langue qu’il a écrit trois romans.
Le faucon d’Espagne, publié à Tunis en 2000 a reçu le
prix Comar d’Or en 2001 puis réédité à Paris en 2003. Ce
roman retrace le parcours d’Abd al-Rahman 1er, fondateur
en 756 de la dynastie des Omeyyades en Andalousie. Rafik
Darragi y évoque sa tumultueuse traversée à travers tout
le bassin méditerranéen, par le Maghreb et jusqu’en
Espagne. On y ressent sa fascination pour un personnage
plein de noblesse et confronté à des choix difficiles.
Il met en lumière la diversité des facettes de sa
personnalité, puisqu’il est homme d’état aussi bien que
poète.
Le deuxième roman de Rafik Darragi, Egilona, la dernière
reine des Wisigoths, est paru à Paris en2002. Ce livre
est l’occasion pour Rafik Darragi de camper un
personnage de femme très intéressant: forte, volontaire,
capable de sacrifice. Egilona, reine catholique, est
l’épouse de Roderick, roi wisigoth. Veuve, elle devient
une princesse musulmane quand elle épouse en secondes
noces l’émir Abd el Aziz. Cultivée, soucieuse de
comprendre, elle dialogue avec son époux. Et à travers
l’intimité de leurs conversations, ce sont l’Orient et
l’Occident qui se découvrent. Unis par l’amour, ils
débusquent ensemble nombre d’idées reçues, au-delà des
différences culturelles.
Sophonisbe la gloire de Carthage, a été publié à Paris
en 2004. Ce très beau roman a été récompensé par le prix
spécial Comar en 2005. En remontant plus loin encore
dans l’Histoire au temps de Carthage, Rafik Darragi
remonte aux sources mêmes de l’Histoire de le Tunisie.
Entre Carthaginois, Numides et Romains, il met en scène
des personnages qui appartiennent d’une certaine façon à
la tragédie. L’honneur, la noblesse, le sens du devoir…
On retrouve ces thèmes qui inspirèrent aussi en son
temps une pièce de théâtre à Corneille. Et sans doute le
romancier exprime-t-il aussi sa propre passion pour le
théâtre, telle qu’il la vit avec Shakespeare. Il a
introduit dans ce roman des personnages, des scènes
hautes en couleur qui rappellent en effet le théâtre
shakespearien.
Ce roman, comme les précédents, est traversé par ce
constant souci de rendre hommage à la femme, de la
dépeindre comme autonome, intransigeante et libre. Rafik
Darragi honore ainsi le souvenir lointain de figures
féminines qui ont marqué l’Histoire de la Tunisie. En
évoquant l’Antiquité, il réaffirme les racines
plurielles d’une terre qui fut toujours un carrefour, un
lieu de rencontre et d’échanges.
Rafik Darragi est passionné des langues, des cultures,
de l’Histoire. Je dirai qu’il est un homme de dialogue,
dont les écrits montrent qu’il est toujours désireux de
connaître, d’aller vers ce qui est plus loin, ce qui est
ailleurs ou dans un autre temps. Il cherche à rencontrer
l’Autre au-delà des frontières linguistiques et
culturelles. Rafik Darragi est, je le crois,
profondément épris de la vie, de tout ce qui touche à la
vie. On ne peut que constater l’abondance de sa
production, qu’il s’agisse d’essais, de romans ou
d’articles. Cette passion pour l’Histoire qui traverse
ses romans en est l’illustration. Au-delà de la fiction
et des personnages imaginaires qui jaillissent de nos
profondeurs individuelles, il emprunte d’autres chemins.
C’est dans le passé qu’il cherche l’amont de ce que nous
sommes, fasciné par des figures, des lieux et les
batailles qui y furent menées. Il embrasse la vie dans
toute l’ampleur que lui donnent les facettes du temps.
Penché sur la margelle d’un puits lointain, il cherche
dans le miroitement de ses reflets le présent dans le
passé, le passé dans le présent. Que serions-nous sans
mémoire ? Est-il une civilisation possible sans des
regards et des mots pour sans cesse ressaisir ce qui fit
que nous pouvons être ce que nous sommes aujourd’hui ?
Qui sommes nous sans l’inscription et la réinscription
de ces chemins qui sillonnèrent l’infinie carte du temps
? Et la méconnaissance de l’Autre ne résulte-t-elle pas
de cet effacement des trajectoires passées ? C’est cet
espace constamment menacé d’oubli que Rafik Darragi rend
à la vie, parce qu’elle ne serait pas ce qu’elle est
s’il ne l’avait précédée.
Je voudrais terminer par cette citation de Macbeth :
Life’s but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more; it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury
Signifying nothing
La vie n’est rien qu’une ombre errante, un pauvre
comédien qui se pavane et gesticule sur scène et se tait
à jamais ; c’est un conte dit par un idiot, plein de
bruit et de fureur qui ne signifie rien.
Par ses romans, Rafik Darragi montre que l’Histoire qui
a tant nourri l’œuvre de Shakespeare peut devenir
salvatrice. Il semble nous dire que c’est en elle qu’il
faut chercher ce sens à ce qui vacille et puis s’éteint,
dans la confusion des clameurs qui se lèvent autour
d’elle et résonnent longtemps après.
Par
Cécile Oumhani
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