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Critique littéraire :

La Presse littéraire
(Le 21 Mai 2007)

Secrets du passé  

C’est peu dire de Tawni O’Dell qu’elle est une jeune romancière américaine qui promet. Adulée depuis son premier roman, Le Temps de la colère, un livre poignant sur les ravages psychologiques de l’inceste, paru en 2001, et qui est actuellement en cours d’adaptation cinématographique, elle a renoué avec le succès grâce à son deuxième roman, Retour à Coal Run (2004). Son troisième roman, Le Ciel n’attend pas, vient de paraître aux Editions Belfond.

Le titre en anglais est Sister mine (ma sœur). Moins métaphorique mais plus percutant, il évoque mieux l’histoire. Une fois l’ouvrage lu — il se lit très vite —, on ne peut s’empêcher de penser à la «mine» et à son univers, un univers souvent triste et désolé, car toute l’œuvre se déroule à Jolly Mount. Comme son nom est loin de l’indiquer, c’est une ville minière en perdition, un lieu insolite, où les rares habitants végètent en attendant une hypothétique compensation financière suite à la dernière catastrophe enregistrée dans cette mine et largement répercutée par la télévision. Tous les voisins et amis qui gravitent autour de l’héroïne sont des mineurs ; et pour être plus précis, non seulement son père, homme violent et impulsif, mais également E.J., l’homme qu’elle aime en secret, se trouvent être des «gueules noires», buveurs invétérés mais profondément solidaires, viscéralement attachés à leur métier : «Mon père buvait tout le temps… Il n’essayait pas d’échapper à la réalité. Je crois qu’il était satisfait de son sort. C’était son métier qui le poussait à boire. Tous les mineurs que j’ai connus faisaient de même. Ce sont des ouvriers qui accomplissent un travail épuisant, sous-payé, dangereux, anonyme, et dont le reste de la société ne se rappelle l’existence que quand quelqu’un meurt au fond. » (pp.29-30).

Bref, un univers minier qui ne porte pas, certes, l’empreinte de Zola, mais qui permet d’inscrire l’auteure dans le droit fil des grands naturalistes américains d’aujourd’hui, de Russell Banks (Continents à la dérive) à Richard Russo (Un homme presque parfait). Ce livre relève de cette longue tradition qui remonte aux grands classiques américains comme Dreiser, Norris, Crane, Jack London ou encore le Dos Passos de la trilogie USA.

Pourtant, par sa trame et sa structure, l’ouvrage rappelle plutôt les romans policiers de Raymond Chandler, de Ross Macdonald ou encore de Hammett. Dans Le Ciel n’attend pas, on est plus dans le roman d’énigme que dans la fresque historique. L’héroïne, Shae-Lynn, une policière basée à Washington, a décidé, après la mort de ses parents, de revenir vivre dans sa ville natale, Jolly Mount. C’est alors que sa sœur, Shannon, qu’elle croyait morte depuis longtemps, réapparaît. Enceinte et sur le point d’accoucher, elle cherche refuge auprès de Shae-Lynn car trois personnes — deux hommes et une femme — sont à sa poursuite. Pour quelle raison ? C’est l’énigme du livre. Shannon refuse obstinément, jusqu’aux dernières pages, de dire la vérité. Décidée à percer l’énigme coûte que coûte, Shae-Lynn se retrouve bientôt confrontée non seulement aux mensonges et au mutisme de sa sœur, mais aussi aux méandres d’un passé douloureux. Pour secourir Shannon, Shae-Lynn replonge dans les souvenirs lancinants non seulement de son enfance malheureuse mais aussi de ses rapports les plus intimes. Ce sont ces secrets du passé et ces plaies encore vives qui constituent la densité romanesque de ce roman.

Le Ciel n’attend pas est un ouvrage prenant, écrit par une femme à la sensibilité aiguisée et au style foisonnant, voire outrancier.
Pluralité et ambiguïté

Cette prise de position prend l’allure d’un raisonnement métaphysique dans l’entretien que M.Darwich a accordé à Abbas Beydoun. A ce dernier qui lui demande s’il n’y a pas dans son recueil Ne t’excuse pas (Cf. La Presse du 20 mars 06) «un thème récurrent», celui de «la pluralité du moi et de l’ambiguïté du rapport du moi à l’Autre», Mahmoud Darwich répond longuement: «…Il y a en fait deux Autres : l’Autre qui est moi quand je me regarde de l’extérieur, et l’Autre qui est l’étranger, le différent, l’adversaire, celui qui occupe mon lieu à ma place. L’archéologie du moi se heurte à une réalité présente, à une histoire, à des guerres, à des cultures accumulées…On ne peut donc éviter le débat avec l’Autre qui a occupé le lieu en prétendant que c’est le sien et que je suis l’étranger. Cependant, il est lui-même perplexe, car il ne trouve pas son moi. Chacun de nous doit chercher son moi dans l’Autre, mais je suis plus courageux que lui, car j’ai réellement entrepris cette recherche alors qu’il n’ose pas le faire de son côté. Il nie mon existence et risque de se mettre en question s’il reconnaît qu’il a en lui certains de mes traits» (pp. 115-116).
Ainsi le barde palestinien  est marqué par le destin. Sa poésie restera toujours «épreuve et exil/ jumeau ». Le lecteur ne s’étonnera donc point de retrouver tout au long de ces Entretiens, mêlés aux réflexions littéraires et existentielles, en filigrane, les douleurs d’un exil qui n’en finit pas.
Rafik DARRAGI

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Le Ciel n’attend pas, de Tawni O’Dell, Belfond, 450 pages.

 

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