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Critique littéraire :

Sur les traces de nos artistes à l’étranger

Quand la peinture rejoint l’écriture

Nous avons rencontré Dorra Lassoued Ben Bakir pour la première fois, voilà deux ans, lors de sa première exposition à Paris, au centre éducatif tunisien à Aubervilliers, près de Paris. ( Cf. La Presse du 09/9/04). Native de La Marsa, diplômée des Beaux Arts de Tunis, cette jeune artiste peintre réside et travaille en France depuis une dizaine d’années. Elle expose actuellement à l‘Espace Albert Gazier, à Vanves.

L’exposition offre une production variée. Le figuratif y côtoie l'abstrait. Des portraits de jeunes filles, des études de tête, des tableaux abstraits, des nus aux formes sublimées, comme noyées dans une brume. On y trouve également des dessins et des sculptures, selon une téchnique chère à l’artiste : du plat et du relief, des couches de couleur superposée, laissant parfois libre cours à l’inconscient.

Et comme toujours, chaque œuvre témoigne d’un travail minutieux. Désormais, pour Dorra Lassoued Ben Bakir, il ne s’agit plus, dans cette exposition, uniquement de reflets, elle qui nous disait : « La réalité des choses est difficile à appréhender car elle est comme un prisme qui éclate à l'intérieur de nous-mêmes. Moi, je vois le ciel non directement mais à travers des reflets. Voyez ce tableau. Le ciel y est comme un lac; je le reproduis sur la toile à travers des reflets. » D’ailleurs ce tableau, intitulé ‘Univers’, ne figure pas dans cette exposition.

La jeune artiste peintre semble avoir aujourd’hui adopté une autre règle de la perception visuelle. Plus de reflets, plus de jeux de lumière, d’ombre ou de contraste, comme dans ces tableaux : ‘Fusion’, ‘Intimité ‘ ou encore ‘Ensemble’ où l’on reconnaît des éléments figuratifs, suggérant des corps humains enlacés. C’est là, aux dires de l’artiste, un symbole de la condition humaine, de l’union, somme toute si fragile, unissant les êtres humains.

Généreuse, soucieuse d’éclairer l’œil du visiteur, Dorra Lassoued Ben Bakir balise quelque peu le terrain. Chaque tableau est accompagné d’un commentaire bref, pertinent, placé bien en vue, mais qui, parfois prolonge la perplexité. Ainsi en est-il, par exemple de ce tableau, un portrait monochromatique d’une jeune fille au regard songeur, intitulé ‘Attente’ : ”Une attente sans repère est une attente dans la souffrance, souffrance de la jeunesse qui se meurt à chaque seconde passée qu’il faudra rattraper, en vain. »

Mais l’artiste peintre, le communicateur de messages, est toujours présent : ‘Autour du thé’ n° 1 et n° 2 : deux beaux tableaux, deux scènes de la vie quotidienne, figeant ‘le geste ancestral rythmant le cycle de la vie’ . Dans le premier tableau, une bédouine, les traits à peine visibles, dans le second, un homme bleu, assis en tailleur, le visage masqué, versant d’une théière, d’une certaine hauteur, un filet de thé verdâtre dans un verre ajouré de fil d’or et d’argent. Ou, encore, une jarre en terre cuite, ‘naissance’, dont les contours rappellent le ‘ventre arrondi, caresse après caresse. Au fond de la galerie deux grands tableaux, 80x100, acrylique et technique mixte, aux couleurs à dominante jaune or, accrochent le regard ; écriture et formes humaines se mêlent et s’entremêlent à l’infini. Le commentaire de l’artiste : « Quand la peinture rejoint l’écriture, les lettres prennent corps et racontent l’histoire de l’homme : amour, guerre, danse, lutte, domination, ont rythmé son histoire ». Ecriture et peinture ; invariants et manifestations du sacré ; histoire de l’humanité revisitée. Est-ce une allusion à notre condition humaine ? Le signe d’un profond pessimisme ? « Non, nous confie Dorra Lassoued Ben Bakir, d’un ton catégorique, je suis partie d’un verset coranique. Dans le 2e tableau, les personnages se raréfient, preuve que l’espoir subsiste et que la vie continue ; d’ailleurs, comme vous pouvez le remarquer, le dernier personnage est une femme enceinte. »

Rafik Darragi

 

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