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Critique littéraire :
La
Presse de Tunisie et Encres Vagabondes
A
Propos de Sophonisbe, La Gloire de Carthage
Rafik DARRAGI,
Sophonisbe, la gloire de Carthage
Nous
avons tous besoin d'histoires et de l'Histoire, pour
nous connaître, pour connaître l'Autre.
Mémoire défaillante ou ignorance, mémoires
blessées ou urgence de comprendre, se comprendre,
le rythme de la phrase romanesque répète
autant qu'elle répare, éclaire et crée
les images. Á une époque où beaucoup
voudraient réduire des aires géographiques
entières à des schémas qui confortent
leur propre vision du monde, l'uvre du romancier
historique devient chargée d'une importance plus
grande encore.
Rafik Darragi, dans son roman Sophonisbe, la gloire
de Carthage plonge au cur de la diversité
historique et culturelle de la Tunisie et restitue au
lecteur l'ampleur d'un espace fait de croisements et
de rencontres. Phéniciens, Carthaginois, Numides
et Romains, c'est la rumeur de leurs combats qui remonte
ici jusqu'à nous, depuis l'immensité de
champs de bataille dévastés. Les passions
de Sophonisbe, Massinissa, Syphax et Eryxe retentissent
depuis l'Antiquité, émouvantes, belles
et tragiques.
L'auteur rend ici un vibrant hommage à la femme,
à travers la figure de Sophonisbe, cavalière
impétueuse, personnage à la fois lucide
et passionné.
La force de ce roman vient aussi de ce qu'il retrouve
au fond des siècles les fils vivants et lumineux
qui tressent la vérité d'un lieu qui nous
est à la fois connu et inconnu, un lieu où
vibrent les reflets d'une terre à la fois familière
et étrangère. Ainsi ces scènes
de cimetières aux tombes blanchies à la
chaux, ombragées d'acacias, agités d'une
brise qui dit symboliquement tout un passé qui
n'a pas cessé de vivre, pour peu qu'on tente
de l'écouter, de le laisser revenir peu à
peu en nous.
L'auteur nous entraîne le long de chemins tour
à tour caressés de lumière ou baignés
du sang de guerriers épris jusqu'à la
mort de la terre qui est la leur. Il dit l'amour de
l'art et de l'écrit dans la bouche de personnages
dont la stature est celle de héros, aussi bien
que le quotidien d'êtres humbles et attachants
comme Melita, pour qui les plantes médicinales
n'ont pas de secrets.
Rafik Darragi a consacré son travail de chercheur
à l'uvre de Shakespeare et l'on reconnaît
ici un écrivain marqué par un théâtre
qui peignait la vie sous tous ses aspects, qu'ils reflètent
la grandeur ou l'humilité.
L'héroïsme de Sophonisbe est une belle leçon
à ceux qui se plaisent à oublier le sens
des mots, au mépris de la parole donnée
et de ce qui fait la noblesse d'un homme. Ecoutons-la
: " ...la sécheresse du cur est la
pire des calamités. Je commence à comprendre
maintenant cette affinité qui me lie à
la nature. C'est extraordinaire ; j'ai la sensation
que tout est harmonie autour de moi, tout est musique.
" Beauté d'une humanité accrue de
ses possibles, connaissance ou reconnaissance d'un chemin
qui est celui du dépassement de soi, où
la frontière entre vie et mort se fait ténue
comme un fil dès qu'il est question de fidélité
aux lois du cur et de l'honneur.
Cécile
Oumhani
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Rafik DARRAGI, Sophonisbe, la gloire de Carthage, Editions
Séguier, 268 pages,17 €
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