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Critiques artistique
Culture
La
Presse de Tunisie (17 Septembre 2007)
Représentations
féminines
En
juin 2005, un colloque international portant sur le
thème «Femmes d’Orient-Femmes d’Occident. Espaces,
mythes et symboles», a été organisé à la villa
Tamaris-Centre d’art à la Seyne-sur-Mer (Var).
Les
actes, qui viennent d’être publiés par les éditions
L’Harmattan, réunissent les contributions d’une pléiade
d’historiens, d’architectes, d’écrivains et
d’universitaires, dont quatre Marocaines.
Parmi
ces dernières, Ouidad Tebba, professeur de lettres
françaises à l’université Cadi Ayyad, de Marrakech,
présente un travail dense sur «Les femmes et l’espace du
sacré», centré, en particulier, sur le culte des saints
au Maroc : «Au Maghreb, le culte des saints structure
depuis des temps immémoriaux la vie spirituelle et
sociale. Le paysage est ponctué de ces petits mausolées
que leur blancheur signale de loin. Le Maroc, en
particulier, regorge de sanctuaires, lieux de piété et
d’intense ferveur religieuse, où l’affluence féminine
est considérable.» (p. 99)
Nadia
Ali est, en revanche, historienne. Dans un article,
agréablement illustré de photographies et intitulé
«Combinaisons de représentations féminines et de scènes
de chasse dans l’art omeyyade», elle dévoile un pan de
la civilisation arabe jusqu’ici très méconnu, celui de
l’art figuratif. Elle se réfère d’abord aux hauts lieux
de cet art, situés dans le Bilad ash-Sham, et qui datent
de l’époque omeyyade, comme Qusayr’Amra, Qasr al Hayr al
Gharbi ou encore Mshatta, avant de se concentrer ensuite
sur la description de la femme dans la poésie arabe de
l’époque. Prudente, elle affirme en conclusion : «Il ne
faut pas…perdre de vue le fait que nos interprétations
restent des hypothèses fragiles que nous ne pourrons
jamais valider.» (p.78)
Ses
deux compatriotes, Soumiya Jamal Micou et Salima Néji,
sont architectes urbanistes de formation. Leurs deux
interventions constituent un fervent plaidoyer en faveur
du patrimoine national. Salima Néji, connue surtout pour
avoir restauré et réhabilité le Qsar mythique d’Assa
aux portes du Sahara marocain, est également une
anthropologue confirmée comme l’atteste son article qui
décrit «Le triangle et la fibule, la femme berbère».
C’est un long travail méticuleux et détaillé sur le
matriarcat dans une communauté berbère de l’Anti-Atlas,
dont «la religiosité accuse le mode de relation
hommes-femmes.» (p.79)
Nathalie Bertrand, cheville ouvrière du colloque et
historienne de l’art contemporain à l’université
d’Aix-en-Provence, fait resurgir les phantasmes des
écrivains européens à propos des femmes orientales,
enfermées dans les harems, pour parler de l’architecture
orientale. Dans son article intitulé «La femme à sa
fenêtre», elle souligne notamment l’occidentalisation
du sérail impérial ottoman.
E.
Deubner-Ziegler, elle aussi historienne de l’art,
chargée de recherche au musée d’Ethnographie de Genève,
évoque la figure mythique de la reine de Saba et ses
répercussions dans les textes occidentaux, tandis que
Christine Peltre, spécialiste de la peinture
orientaliste, se base sur les écrits de Leila Sebbar et
sur la figure légendaire de Shérazade. Angliciste de
formation, Marie-Elise Palmier s’intéresse au long
itinéraire de l’Anglaise Sophia Pool en Egypte. Grâce à
cette intervention intitulée «Le harem sans
l’orientalisme ? Une Anglaise en Egypte au XIXe siècle»,
le lecteur apprendra que cette femme, qui a abondamment
décrit la condition féminine égyptienne du XIXe siècle,
n’est autre que la sœur de l’éminent orientaliste Edward
William Lane (1801-1876), l’auteur de The Manners and
Customs of the Modern Egyptians, œuvre qui fut, on le
sait, largement critiquée par Edward Saïd. Le regretté
théoricien arabe y décelait, en effet, «non une source
de savoir oriental, mais un travail destiné à accroître
l’organisation de l’orientalisme académique.»
Parmi
les autres interventions, il faut souligner celle d’Yves
Porter qui a le mérite d’aborder directement
l’incontournable problème du voile. Partant du principe
que les apparences sont, par définition, fallacieuses,
il se pose la question : «Le voile, sous ses divers
aspects, fait partie des lieux communs de l’Islam : des
"affaires" de voile dans l’école publique républicaine
aux voiles aguichants des danseuses du ventre, le voile
suscite passions et fantasmes ; voilement, dévoilement,
que voit-on au juste ?» (p.41). Fin esthète, Yves Porter
récuse la théorie de «l’esthétique du voile» comme
justification car l’art musulman, cette «expression
artistique de millions d’individus vivant sur des
milliers de kilomètres carrés et au cours d’un
millénaire d’existence» (p.42), ne saurait être réduit
à des clichés tels que «iconophobie», «horreur du vide»
ou «ornement». Son travail, par conséquent, sera centré
exclusivement sur l’iconographie, une étude savante sur
le portrait de la femme et la manière dont elle est
vêtue à travers l’histoire à partir des textes de la
littérature mystique du XIe siècle.
Au-delà de la préoccupation personnelle, le thème de ce
colloque, aussi bien par son ampleur que par sa
complexité, se prête fort bien à un exercice de
recherche. Le résultat final, ces actes, nous semble
d’une valeur historique, sociologique et littéraire
incontestable. Le lecteur en tirera sûrement
satisfaction, plaisir et profit.
Précisons, pour terminer, que ces actes ne contiennent
aucune contribution tunisienne, ce que nous regrettons,
évidemment. En revanche, nous sommes ravis d’apprendre
que la parution d’un ouvrage collectif, dirigé par Leïla
Ammar, architecte enseignant à l’Ecole nationale
d’architecture et d’urbanisme de Tunis, est d’ores et
déjà programmée dans la même collection. Il s’agit d’un
colloque tenu à Tunis en 2004 et portant sur
l’architecture à Djerba et l’image de la Tunisie dans
les arts de l’Occident.
Rafik DARRAGI
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Femmes d’Orient-Femmes d’Occident. Espaces, mythes et
symboles. Textes réunis par Colette Dumas et Nathalie
Bertrand, L’Harmattan, 152 pages.
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