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Critiques artistique
Culture
(la
Presse du 09 juin 2007)
Sur les traces de nos artistes à l'étranger
Pour la
sauvegarde du patrimoine
Leïla Turki est une architecte urbaniste, diplômée
d'architecture (DPLG) de l'Ecole des beaux-arts à Paris,
auteur de nombreux travaux et études. Etablie en France
depuis plusieurs années, elle a été longtemps
représentante de l'Office national de l'artisanat
tunisien à Paris.
Développer le côté culturel des pays méditerranéens
Consciente de la richesse du patrimoine arabe et des
potentialités offertes dans ce domaine, soucieuse de
sauvegarder coûte que coûte un savoir-faire ancestral en
voie de disparition, elle a fondé une association
‘‘Culture Sud’’ et devint l’initiatrice de plusieurs
manifestations et expositions culturelles en France et à
l’étranger, dont notamment "Patrimoine et Créativité"
(avril 2005) et "Créativité arabe au féminin" (juin
2005). Ces deux manifestations eurent lieu à l’Unesco, à
Paris, tant leur intérêt était grand (Cf.La Presse du 16
juin 2005)
.

"Mère Méditerranée : héritage et créations
contemporaines en mer Méditerranée’’ est la toute
dernière exposition organisée par Leïla Turki et son
association ‘‘Culture Sud’’. Tenue du 23 au 26 mai au
Centre culturel syrien à Paris, elle a réuni quatre pays
méditerranéens : la Tunisie, l’Algérie, la Palestine et
la Syrie.
Le titre de cette exposition n’a pas été choisi au
hasard. L’exposition coïncide avec la Fête des mères.
Or, qu’est donc la mer Méditerranée sinon la mère
nourricière de tous les pays riverains ? Depuis des
millénaires, produits et savoir-faire n’avaient cessé de
circuler entre ces pays. Mais avec la mondialisation de
plus en plus effrénée, la donne a considérablement
changé. Le rythme de ces échanges s’est accru non sans
danger pour la survie même de l’artisanat.
Grâce à cette initiative de Leïla Turki, un groupe
d’artisans et de designers s’est constitué autour d’un
projet intitulé ‘‘Patrimoine et créativité dans les pays
arabes et euro-méditerranéens’’ qui est soutenu par
‘‘l’Alliance globale pour la diversité des arts’’
dépendant de l’Unesco.
Dans ce contexte de la mondialisation, la diversité
culturelle prend toute son importance. Leïla Turki est
catégorique à cet égard:«Il est urgent de valoriser ces
savoir-faire spécifiques, de les développer et de les
promouvoir. Notre projet, ‘‘Patrimoine et créativité
dans les pays arabes et euro-méditerranéen’’ vise à
développer le côté culturel des pays méditerranéens ;
ils sont complémentaires car ils possèdent des
techniques similaires».
Faut-il le souligner ? La complémentarité entre le Sud
et le Nord a toujours existé. Il fut un temps où
c’étaient les pays du Sud qui exportaient leurs produits
vers le Nord, soit des textiles soit des poteries. Selon
Leïla Turki, aujourd’hui, «la tendance s’est inversée».
Actuellement, les pays du Nord sont «précurseurs dans la
reproduction des pièces de musée, et le développement
des produits dérivés». Ils ont introduit de nouvelles
technologies même si, eux aussi, ont des savoir-faire
semblables à ceux des pays du Sud, mais étant donné le
coût de la main-d’œuvre, ils ont été obligés d’avoir
recours aux nouvelles technologies qui facilitent la
production des métiers d’art et des produits
artistiques.
«Par contre , relève Leïla Turki, dans les pays du Sud,
nous maîtrisons encore certains savoir-faire et nous
pouvons retrouver les savoir-faire qui ont été
abandonnés, comme le recours aux couleurs végétales qui
respectent l’environnement et qui offrent une palette de
couleurs très intéressantes sur le plan esthétique et
même sur le plan médicinal, car il n’y pas d’allergie
avec les couleurs végétales, contrairement aux couleurs
industrielles. Dans les pays du Sud, il y a encore une
main-d’œuvre abondante ; il y a des savoir-faire, il
faut les préserver et les valoriser par le design sinon
ils risquent de disparaître».
Le projet de Leïla Turki, tel qu’elle nous l’a détaillé,
comporte plusieurs volets : la formation, la production
et la promotion pour aboutir à la commercialisation qui
permettra à son tour à ce projet de se concrétiser et de
préserver ce patrimoine inestimable.
«Ce projet, précise-t-elle, entre par ailleurs dans le
cadre du développement durable puisqu’il s’agit de
métiers qui respectent l’environnement et qui permettent
la création d’emplois».
Mais, Leïla Turki n’est pas seulement initiatrice de
grands projets, elle est également créatrice. Son
installation figurant au Centre culturel syrien est du
plus bel effet. Comme d’habitude, nous y retrouvons sa
collection ‘‘Rihana’’ en argent massif, dont la
référence esthétique demeure toujours le bijou ancestral
: de longs colliers formés d’anneaux entrelacés
d’origine berbère, en plusieurs diamètres, mais aussi
des plaques ciselées en argent massif ou en argent
émaillé, aussi originales les unes que les autres, ainsi
que des mosaïques au design résolument moderne.
Rafik DARRAGI
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