|
Manifestation
(la
Presse du 5 juin 07)
Sur les traces de nos artistes à l'étranger
Confluences
Organisée par le Groupe africain à l’Unesco, la ‘Semaine
Africaine’ est une manifestation qui vise à mieux faire
connaître le riche patrimoine culturel de l’Afrique.

Tableaux de Jouda Guerfali GOMRI

Tableau de Mourad Chaaba
Placée sous le thème «Le patrimoine immatériel
africain», elle a été célébrée cette année du 21 au 25
mai. Son programme comprenait, entre autres, une
exposition de peinture à laquelle ont pris part deux
peintres tunisiens :
Jouda Guerfali Gomri et
Mourad Chaaba.
Jouda Guerfali Gomri est diplômée des Beaux arts de
Tunis, (design) et titulaire d’un DEA obtenu en 1998 à
la Sorbonne, intitulé "Esthétique, technologies et
créations artistiques". C’est tout naturellement donc
qu’elle a adopté, depuis ses premières toiles, la
superposition et le recours au numérique et à la
photographie. Au risque d’offusquer les puristes, elle
continue d’aligner les "portraits d’après photos" et
leurs variantes, l’image-expression et l’image-création.
Les cinq tableaux exposés à l’Unesco relèvent tous de
cette symbiose, cette technique mixte, très élaborée,
qui allie la photographie non seulement à l’infographie
et à la peinture à l’huile mais également à la
calligraphie arabe. Ils reproduisent tous, en
arrière-plan, la silhouette d’une jeune femme. On en
devine à peine les traits encore moins le corps tant la
vision artistique semble vaporeuse et floue, nimbée pour
ainsi dire d’une lumière fragmentée, envahie de signes.
Trait surréaliste, trait lumineux, magique de
l’infographie, caractéristique d’une œuvre où tout se
passe comme si les poses du modèle, la palette des
couleurs et les interférences de la calligraphie se
trouvent naturellement en situation de dialogue.
En fait, tout le travail de l’artiste ne tendait que
vers ce but, comme elle nous l’a déjà avoué lors d’une
interview :
«En vérité, dans mon travail, tout se base sur un
dialogue : d’abord la technique elle-même est un
dialogue entre la photo et la peinture à l’huile. Quant
à la photo, elle constitue un dialogue entre le modèle
et moi; c’est un modèle que je prends en photo; la photo
est ensuite imprimée sur toile, découpée, superposée».
(cf. La Presse du 14/11/04)
Ainsi en est-il des œuvres comme La Force des lettres,
Lella Beya, Deuxième noce ou encore Regard à Sidi Bou
Saïd.
Par contre, la technique de Chaaba Mourad est
différente. Bien que les deux artistes — peintres
traitent du même thème, celui de la femme, tous les
tableaux de Chaaba Mourad — aussi bien ceux qui sont
exposés dans le grand hall que ceux qui figurent en
diaporama, sur un grand écran à l’entrée de l’exposition
— reproduisent des portraits de jeunes femmes hautement
stylisés, aux traits fins et à l’œil de biche, et toutes
ostensiblement voilées. La touche orientale y est plus
présente : une jeune fille songeuse délicatement penchée
sur son luth dans Méditation; une autre, au balcon,
contemplant la mer dans Evasion bleue. Une autre encore
serrant tendrement son enfant. Autant de réminiscences
et de repères de notre héritage: couleurs, habits et
bijoux traditionnels.
Bref,
une peinture sage, classique, portant sur la femme
orientale moderne, un travail épuré, loin des jeux de
miroir et autres effets illusionnistes de sa compatriote
Jouda Guerfali Gomri.
Il n’en demeure pas moins que, de part et d’autre de la
Tanzanie et du Congo, face à Madagascar, dans cette
grande maison de la culture universelle qu’est l’Unesco,
notre pays, avec ses deux artistes-peintres, fait bonne
figure. Quoi de mieux que l’art et son langage
universel, la beauté, pour établir les confluences et la
compréhension entre les civilisations ?
Par Rafik DARRAGI
|