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Critique littéraire :

La Presse de Tunisie - Lundi 19 décembre 2005

Le Monde Anglophone, sous la direction de Marie-Hélène Valentin

Une autre vision

Voilà un ouvrage qui ne s’adresse pas essentiellement aux professeurs et aux étudiants anglophones mais à tous ceux qui désirent élargir leurs connaissances et accéder à d’autres champs disciplinaires. Il est vrai qu’aujourd’hui le monde connaît une formidable expansion du savoir. Il est vrai également que de la maîtrise de ce savoir dépendent toutes les réussites, qu’elles soient universitaires, professionnelles ou sociales. Et indéniablement, au centre du contexte mondial actuel, qui trône sinon le monde anglophone, cette immense diversité de pays et de continents situés à toutes les latitudes ? En grande partie héritier de l’Empire colonial britannique, il ne cesse, grâce à la langue de Shakespeare et via les USA, de croître et de prospérer. On comprend, dès lors, l’importance de l’ouvrage, Le Monde Anglophone, qui vient de paraître aux Editions Hachette, dans la Collection Grands repères culturels.
C’est un ouvrage élaboré par d’éminents professeurs comme André Crépin et Raymond Gardette sous la direction de Marie-Hèlène Valentin. Il est précisé en préambule que tous les auteurs ont travaillé à cet ouvrage «en autonomie complète de conception et d’écriture». Conscients des enjeux intellectuels, ils ont particulièrement veillé non seulement à «exposer les connaissances, les concepts et les méthodes qui fondent une discipline» mais aussi à actualiser « les problématiques telles qu’elles sont construites par les chercheurs de notre temps».
Structuré d’une façon originale, cet ouvrage présente chaque thème en double page, illustré d’un ou de deux documents historisques, avec une bibliographie spécifique. Il comporte cinq grands volets: «Le Monde anglophone», «Les Iles britanniques et le Commonwealth», «Les Etats-Unis», «La littérature» et enfin «Les arts».
Le premier volet tente tout d’abord d’expliquer les deux principaux traits caractéristiques du monde anglophone, à savoir son «ubiquité» et son «hétérogénéité», illustrés notamment par l’exemple du Royaume-Uni, avec ses brutales mutations économiques et sociales, par celui des Etats-Unis et du Canada, deux vastes terres d’immigration, unies dans un même destin, mais jouissant chacune d’une puissance différente, ou encore par l’exemple de l’union indienne, un sous-continent qui reste cependant «un géant fragile». La seconde partie traite, d’une façon extrêmement détaillée, de la langue anglaise, de ses origines et de ses particularités.
Le deuxième volet est entièrement consacré au Royaume-Uni, au Commonwealth et à l’Irlande, à leur histoire respective et mutuelle, ainsi qu’à leur évolution économique, sociale et politique. A la désaffection envers les valeurs collectives, notamment religieuses, enregistrée ces trente dernières années, on a tendance à opposer l’essor des médias, très présents dans la vie quotidienne, même s’ils reflètent peu «les préoccupations, voire les obsessions d’une majorité de la population» (p.114).

Modeler les comportements

Le troisième volet concerne exclusivement les Etats-Unis et leur hégémonie matérielle et immatérielle. C’est une analyse dense mais clairement présentée, illustrée, par surcroît, comme tout le livre d’ailleurs, de photographies, de cartes et de schémas. Il y est question, certes, de l’évolution historique de l’Amérique, en particulier de la conquête de l’Ouest et de ses répercussions, de son système institutionnel, de la société, de l’éducation, de la religion et de l’économie, mais aussi de cette «communication-dominance», de l’Internet, du marketing de l’image et autres normes et standards, c’est-à-dire cette puissance «douce» (soft power) que possèdent les USA et qui leur permet aujourd’hui de modeler à leur guise les comportements.
Le quatrième volet, intitulé «Littératures» englobe non seulement les littératures anglaise et américaine, depuis les premières origines jusqu’à la fin du XXe siècle, et qui sont, elles-mêmes, déjà suffisamment riches, mais également celles du Canada, de l’union indienne, des pays africains anglophones, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, de l’Amérique centrale et des Antilles anglophones. Une littérature donc aux voix multiples.
Le cinquième volet ne manque pas d’intérêt, lui aussi, puisqu’il offre un large panorama de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique et du cinéma britanniques, ainsi qu’un original survol des musiques, des arts visuels américains, sans oublier évidemment l’incontournable Hollywood.
Bref, un manuel original, documenté, qui propose une autre vision des faits de civilisation, loin du «pittoresque» habituel, fort précieux, aussi bien pour ceux qui désirent actualiser des connaissances de base que pour ceux qui cherchent à satisfaire leur curiosité scientifique.

Rafik DARRAGI
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Le Monde Anglophone, sous la direction de Marie-Hélène Valentin, Collection Les Grands repères culturels, Hachette Education, 304 pages.

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