|
Littérature:
La
Presse de Tunisie Lundi 11 octobre 2004
La
brûlante rumeur de la mer - Recueil de poèmes
de Tahar Bekri
Entretien avec le poète
Une
interrogation inquiète
Propos
recueillis par Rafik DARRAGI
Selon
Aristote le rôle propre du poète "n'est
pas de dire ce qui est réellement arrivé,
mais de dire ce qui pourrait arriver selon la vraisemblance
ou selon la nécessité." (Poétique
9).
La Brûlante rumeur de la mer, le tout nouveau
recueil de notre poète national Tahar Békri,
est une parfaite illustration de cette célèbre
définition. Hymne entièrement dédié
à la mer nourricière, il est aussi une
interrogation inquiète sur le devenir de cette
richesse commune, une interpellation et un appel angoissant
à la conscience de chacun.
Les poèmes concernent d'abord la mer Méditerranée,
cela s'entend, puisque le poète est né
sur ses rivages, à Gabès, et que le plus
long poème dans ce recueil s'intitule 'Golfe
de Gabès'. Mais l'océan n'est pas oublié
. 'Journal d'océan' est, lui aussi, un long poème
que l'auteur dédie à Annick, sa femme,
originaire de Doëlan, un petit port pittoresque
au sud de la Bretagne.
La Presse a profité de la parution de ce recueil
pour rencontrer Tahar Bekri. Nous espérons que
ce long entretien, qui s'est déroulé à
La Sorbonne, aura les mêmes répercussions
positives que celui qu'il nous a accordé il y
a plus de deux ans (cf : L'homme qui a la lune dans
la tête, La Presse du 18/02/02&25/02/02);
nous espérons, également, qu'il aura,
lui aussi, valeur de témoignage et qu'il contribuera
à mieux comprendre non seulement l'uvre,
mais aussi l'homme. Précisons également
que c'est avec la plus grande gentillesse que Tahar
Bekri a accepté de répondre à cur
ouvert à toutes nos questions.
Tous les poèmes de ce recueil ont pour sujet
la même thématique, la mer ou l'océan.
Le ton, d'une manière générale,
est plutôt au pessimisme, voire à la désillusion
et même à la souffrance. D'abord, voudriez-vous
nous expliquer ce titre : 'La brûlante rumeur
de la mer' ? Pourquoi avoir choisi ces termes 'rumeur'
et surtout, 'brûlante' ?
Ce titre est une métaphore sur pratiquement tout
ce qui est profond dans l'être poétique
et l'individu également : la brûlure dans
la tourmente et non pas seulement dans la beauté
de la mer elle-même; la rumeur dans le sens aussi
de l'écho, aussi bien le souvenir que ce qui
entoure aujourd'hui la mer, réelle et métaphorique,
comme interpellation, comme questionnement et comme
pensée. Bien entendu, l'actualité n'est
pas exclue, mais la mer est ici au centre d'un journal
poétique où chaque lieu, chaque moment,
chaque instant, est évocateur d'émotions
profondes, du moins tel que je voulais écrire
ce recueil.
Le
premier poème est intitulé ' Lisbonne,
tombeau de Pessoa'. Fernando Pessoa est évidemment
ce grand poète portugais du début du siècle
dernier, connu notamment pour avoir écrit en
portugais et en anglais, mais pour avoir aussi créé
trois hétéronymes, trois identités
littéraires différentes afin de souligner
la complexité de sa personnalité, lui
dont le nom en portugais signifie 'personne'. Peut-on
en dire autant sur vous ? Avez-vous des affinités
avec ce poète ?
Ce poème, 'Lisbonne, tombeau de Pessoa', est
une évocation de ce grand poète de la
modernité, mais aussi de la mélancolie,
de la fameuse 'saudade' portugaise . Je l'ai écrit
après deux voyages au Portugal et surtout un
séjour à Lisbonne ; se sont mêlés
ainsi l'évocation de ce poète avec aussi
le passé arabe de la ville, notamment la partie
qui s'appelle Alfama, qui signifie, en réalité,
El Hamma, la source chaude dans la ville; et, en me
promenant dans les vieux quartiers de Lisbonne, je ne
pouvais pas m'empêcher de traverser le passé
; mais également, vivant dans le présent
du monde arabe et les liens avec le Portugal, pour moi,
le tout passe par le souvenir des lectures de Pessoa
et de son évocation de l'océan. Donc la
mer est aussi la jonction avec le bassin méditerranéen,
elle est aussi tumulte et remous puisque cette Méditerranée
est un tumulte historique, un lien que les poètes
ont essayé de rendre fraternel, amical.
A
propos des évocations maritimes de Fernando Pessoa,
nous pensons à l'un de ses célèbres
aphorismes : "Un bateau semble fait pour naviguer;
mais son but véritable ce n'est pas de naviguer
: c'est d'arriver au port. Nous voilà tous en
train de naviguer, sans la moindre idée du port
auquel nous devrions aborder. Nous répétons
ainsi, sur un mode douloureux, l'aventureuse formule
des Argonautes : il est nécessaire de naviguer,
mais pas de vivre." Etes-vous d'accord avec cette
opinion ? Y a-t-il une affinité entre votre pensée
poétique et ce qu'il dit ici ?
Je pense que le poète est un vrai navigateur
mais un navigateur dans les mers les plus profondes
car c'est dans les mers cachées que se trouve
la poésie en tant que questionnement, parfois
métaphysique, même si la poésie
est parfois un questionnement sur le politique, sur
l'histoire et sur le réel. L'imagination la plus
profonde reste parfois du ressort du mystère,
du secret, de l'impossible réponse. Il n'y a
pas de solutions dans le domaine de la poésie
; et comme vous le dites, Pessoa a écrit des
poèmes avec trois personnages qui le représentaient.
Tant mieux si nous arrivons à un port mais le
voyage n'est pas nécessairement un voyage où
l'on garantit l'arrivée; la poésie est
un risque de l'être, risque du vécu, et
il y a l'aventure de la pensée, l'aventure de
l'esprit. Parfois nous atteignons le cur humain;
parfois l'émotion nous bouleverse et nous partageons
cela avec d'autres humains mais quand on regarde l'histoire
de la poésie ou la vie des grands poètes,
nous constatons qu'il y a énormément de
vies tragiques, énormément de bateaux
qui échouent et qui se cassent; il y a beaucoup
de fracas dans les ports, il y beaucoup de rochers qui
sont comme des obstacles, et donc le rêve de tout
poète, je n'en sais rien pour les autres, en
tout cas pour moi, le rêve est comment joindre
la fraternité universelle. J'avoue que cela n'est
pas du ressort de la facilité, du ressort du
voyage facile, mais la poésie étant une
implication totale, il y a donc ce mouvement du vécu
qui nous emporte tel le mouvement de la houle; je pense
que la métaphore de la mer que je donne à
ce recueil est semblable : elle est parfois calme, parfois
écumeuse
Ce
calme dont vous parlez est pourtant rarement présent
dans vos poèmes. Il y a beaucoup de nostalgie,
d'angoisse, de doute et d'interrogations aussi. Je pense
en particulier au poème intitulé 'Sousse
dans la pénombre'. Cette ville n'est-elle pas
liée à votre enfance, à certains
souvenirs douloureux ?
Oui, j'ai vécu un certain temps à Sousse,
j'y ai fait l'école primaire mais tout souvenir
n'est pas directement dit ou nommé ; il y a la
douleur vécue personnelle... Je ne peux pas revoir
Sousse ou d'autres villes sans quelques souvenirs douloureux.
Je pense que la poésie, l'écriture, la
littérature en tous cas, provient, de manière
générale, de cet aspect, de ce questionnement,
parfois de la blessure ; on essaye de marcher sur sa
propre braise, comme l'on dit
Tant
il est vrai que la poésie n'est en fait qu'une
biographie indirecte
Oui, ce livre est pour moi, une autre étape.
Il contient un poème, 'Nuit', la mer sombre,
la mer noire pratiquement au sens politique du terme;
c'est un clin d'il à l'Irak actuel et la
noirceur, tout ce qui est obscurité actuellement
à travers le monde et qui m'interpelle en tant
que poète arabe vivant en France ou à
l'étranger; donc on ne peut pas oublier tout
ce réel qui encombre l'actualité, sur
fond de questionnement métaphysique, du côté
pratiquement de Sophocle.
'Porte
de la mer' est le titre d'un de vos poèmes, un
beau poème, certes, mais où perce la désillusion.
Pourquoi pas 'Bab Bhar' tout simplement ? Ne s'agit-il
pas de ce quartier de Tunis, précisément
?
Effectivement 'Porte de la mer' est une évocation
du Tunis de mes années d'étudiant. "La
Brûlante rumeur de la mer" est un livre où
la Tunisie est beaucoup présente. Il y a Sousse,
Carthage, Sidi Bou Saïd, Gabès... C'est
aussi le questionnement sur l'utopie, sur les idéologies.
Si on essaye aujourd'hui de faire un bilan pour ma génération,
c'est-à-dire le rêve, où nous en
sommes aujourd'hui
Vous
êtes déçu ?
Non je ne dirais pas déçu mais il y a
beaucoup moins d'utopie pour notre génération,
au sens du rêve d'une société future
et on le voit : vers ces années là, nous
étions attachés à tout le monde,
je ne dirais pas à la Tunisie seulement. C'était
plus facile dans les années soixante dix de rêver
de société.
Pourtant
le lecteur retrouve partout les mêmes interrogations,
les mêmes inquiétudes; dans le poème
'Sidi Bou Saïd, par exemple, on constate que '
la mer est sourde' et que la tragédie de Sisyphe,
pourtant 'averti', se répète. Décidément,
il y a beaucoup de désillusion dans ce recueil,
beaucoup d'angoisse, même lorsqu'il s'agit d'endroits
paisibles. Dans un site enchanteur comme celui de Kavala,
en Grèce, vous évoquez néanmoins
le 'prisme d'illusions' ou encore l''inapaisée
vastitude' de la mer et 'les mimosas en pleurs' à
Cesenatico, cette perle de la côte adriatique
; il n'existe 'nulle accalmie' même dans le petit
port si pittoresque de Doëlan, sur la côte
bretonne.
C'est l'effet du contraste, de l'antagonisme. L'intensité
dramatique dans le poème me semble en tout cas,
à mon niveau, provenir de cet antagonisme. Dans
les paysages les plus beaux, dans les lieux les plus
magnifiques, l'évocation des éléments,
des couleurs, ou des arbres, il y a souvent cet antagonisme
qui est déchirant, qui n'est pas nécessairement
volontaire. C'est vraiment le vécu, ce que je
vis régulièrement, ce tiraillement, ce
déchirement entre ce qui est beau et ce qui est
laid. Le monde actuel est submergé de laideurs,
d'informations macabres, de choses apocalyptiques, un
chaos de la modernité, d'événements
mondiaux, de sang, de kamikazes, d'agressions politiques.
C'est précisément dans ces lieux où
nous sommes en train d'admirer un coucher de soleil
ou un beau paysage que parfois l'on tue, l'on bombarde,
et l'on assassine. Malheureusement, c'est ça,
la réalité ; il suffit de sortir dans
la rue, il suffit de regarder la télévision,
ou lire un article dans le journal. Or on ne peut pas
fermer les yeux sur ce qui nous entoure. Partout où
je vais - j'ai voyagé en Afrique et à
ce propos, j'espère que le prochain livre sera
davantage du côté du continent africain
-. Bref au milieu du plus beau paysage du monde, il
y a, en même temps, la laideur de l'actualité,
du monde moderne. Or la poésie n'est pas manichéenne
pour moi; elle est bel et bien cette dualité.
Qu'est-ce donc que la poésie si elle n'a pas
d'utopie, si elle n'a pas de rêve, de songe, de
vision ? Avec le recul - trente ans pour ma génération
- après le passage de la vie d'étudiant,
on ne peut que constater les échecs des idéologies,
la découverte des défaites de la pensée,
souvent la défaite de beaucoup de pays. Tout
cela donc constitue à mon avis un terrain favorable,
je ne dirais pas à la désespérance,
mais en tout cas à l'interrogation inquiète.
Parlez
nous maintenant de ce long et beau poème qu'est
'Le Golfe de Gabès'. C'est là où
vous êtes né et il vous rappelle votre
enfance. S'il ne résume pas à lui seul
la substance de votre recueil, du moins, ne reflète-il
pas cette verve poétique, ces évocations
mélancoliques d'expériences vécues
ou observées, illustrant cette 'rumeur brûlante'
qui court en filigrane dans tout le recueil ?
C'est vrai, il s'agit évidemment d'évocations
douloureuses; celle de cette magnifique palmeraie natale,
mais en même temps les souvenirs de la mort de
ma mère; et ce grand-père qui était
comme Gandhi, un paysan en retrait; il représentait
pour moi toute la bonté, l'attachement à
la terre en tant qu'élément nourricier
de l'humain. Ce sont là des choses qui reviennent
constamment; je n'y peux rien, même adulte aujourd'hui,
car c'est de là qu'est né mon rapport
avec la poésie. Enfant déjà je
me posais des questions métaphysiques : qu'est-ce
que la mort ? Qu'est-ce que la justice ? Qu'est-ce que
l'existence
? Puis ces dernières années,
malheureusement j'ai vu ma palmeraie natale et la pollution
qui la menace
J'espère qu'on va remédier
à cette situation car Gabès comme son
golfe, dont l'évocation remonte à Pline
et à Hérodote, appartient à tous
les méditerranéens
'Journal
d'océan' est presque aussi long que 'le Golfe
de Gabès'.
Il ne s'agit plus de la mer
Méditerranée. Le poème se présente
sous forme de dialogue entre un couple
Mon épouse est originaire de Bretagne. Dans son
village natal, Doëlan, je passe sur les traces
de Gauguin qui a vécu à proximité,
au Pouldu
J'avais déjà écrit
un poème sur ce peintre, L'Appel de Gauguin'.
La mer est aussi l'océan; elle est ici appel
de l'horizon, appel du large, du voyage. Le dialogue
est entre mon épouse et moi. Comme elle est peintre,
c'est donc un rapport entre la poésie et la peinture
qui s'instaure, car il s'agit en fait de son journal,
de ses souvenirs et de ses évocations. Ce poème
est aussi une interrogation, nos liens à cette
terre, à ces lieux, à ce qui est intime
pour nous. Je pense que souvent l'adulte écrit
son enfance. Même adultes, nous ne faisons qu'écrire
notre petite histoire individuelle... D'autre part j'ai
fait indirectement dialoguer le Golfe de Gabès
et les Côtes d'Armor qui sont d'ailleurs, sachez-le,
deux régions jumelées.
Le
dernier poème s'intitule 'Atlantis'. Il nous
renvoie à Platon et au mythe de cette civilisation
disparue. Ce recours au fond imaginatif peut surprendre
car même s'il relève de l'image et du possible,
il contraste avec le thème principal, la mer,
souvenirs, les expériences vécues.
'Atlantis' est peut-être pour moi le poème
le plus pessimiste du livre parce que, tout en pensant
à Platon et au continent disparu, j'aurais peur
que notre planète disparaisse par la faute de
la guerre, de la violence, de la pollution. C'est donc
une sorte de cri d'alarme
"Le
poète, parce qu'il a le don d'évidence,
est prophète", disait le poète Jean
Pélégri. Votre recueil, La Brûlante
rumeur de la mer, se veut-il une prophétie ?
Je n'en sais rien ; ce que je constate c'est qu'aujourd'hui
l'actualité est si meurtrière, si sanguinaire.
Chaque jour avec son lot de drames se greffe une tragédie
humaine sur le destin : la mort de l'homme ; mais qui
risque aussi d'être la mort de l'humanité.
'Atlantis' doit nous interpeller sur le rôle de
la paix, sur la justice mondiale, sur la défense
de l'humanité ; un poète moderne ne peut
pas fermer les yeux sur cette réalité.
Dans
votre recueil, deux poèmes, 'Dante, vespérales'
et 'Au souvenir de Pétrarque' n'abordent pas
directement le thème de la mer mais on y retrouve
comme un lien invisible, non seulement des noms tels
que Aristote, Averroès, Africa ou Zama, noms
qui renvoient au monde méditerranéen,
mais également les noms des célèbres
égéries, Béatrice et Laura. Est-ce
à dire que l'amour, et en ce cas précis,
l'amour platonique qu'ont chanté ces deux grands
poètes, reste en fait la brûlure par excellence
?
La poésie ne peut pas s'écrire sans rapports
amoureux. C'est cette évocation des rapports
de couples, qu'il s'agisse de Dante ou de Pétrarque
qui donne cette brûlure ; les sensations viennent
de ces inquiétudes, de ces beautés. Evidemment
rien n'est facile dans tout cela. Rien n'est simple.
J'ajouterai qu'il y a dans mon livre deux exergues,
Pablo Néruda et Imru-El Kaïs, qui sont deux
poètes de l'amour. Je voulais absolument que
ces lieux de la mer ne fussent pas uniquement méditerranéens
mais universels, un partage commun. Pourvu qu'ils m'aient
donné l'émotion nécessaire pour
écrire. Tous ces lieux sont des lieux où
je suis allé, chargés d'émotions,
de sensations, de sentiments et ou s'entremêlent
le passé, le présent, les autres, soi-même.
C'est également, une odyssée, presque
homérienne, parce qu'il y a aussi parfois quelques
élans épiques, l'évocation de la
guerre et de l'échec aussi
Presque
tous les poèmes sont hermétiques, lapidaires,
sans ponctuation ; un seul, 'Mer, lac et autres baies'
se détache clair et limpide. Pourquoi ?
C'est vrai, ce poème est à part dans ce
livre ; c'est un ensemble d'aphorismes, comme une sorte
de sagesse ancienne. Mais, voyez-vous, la difficulté
n'est pas dans la métaphore ou dans l'image mais
plutôt dans le sens que le poète cherche
à formuler. En tout cas, ici ce sont presque
des formules de sagesse.
Ce
rôle de sage nous semble tout à fait concordant
car ce recueil reste malgré tout un chant. Il
n'est pas seulement un signal d'alarme, un rappel des
maux dont souffre la mer sous la main de l'homme, il
est également un chant d'amour, ce qui, en fin
de compte, ne fait que rappeler le rôle de la
poésie tel que vous l'avez toujours entendu,
c'est-à-dire un "chant fraternel, terre
sans frontières".
Ce que vous me dites me touche parce que toute cette
douleur, cette souffrance évoquée à
travers ces poèmes, c'est bien un but profond
pour moi, c'est le chant fraternel; la mer c'est aussi
le partage; la mer c'est aussi la mère avec un
e, la mère nourricière; c'est le bassin
commun à l'humanité et bien que je sois
terrien, l'évocation de cette mer doit pouvoir
nous aider à s'aimer, à pouvoir être
accueillant, à respecter le devoir de l'hospitalité;
au poète donc d'aller au-delà de toutes
les mesquineries des frontières actuelles, des
politiques, des fermetures économiques que nous
vivons dans nos régions. Il doit appeler à
une générosité profonde et c'est
là, peut-être, ce que permet la poésie
: préserver la beauté du monde. Le monde
est magnifique; la planète est merveilleuse et
il faut la sauver; à la poésie de faire
ce sursaut mais il y n'a pas de sursaut facile; le rôle
du poète c'est de lancer cet appel à l'humain;
voyez-vous l'humanité est peut-être le
but de notre écriture.
R.D.
------
Tahar
Békri, La Brûlante rumeur de la mer, Editions
Al Manar, 82 pages.
Golfe
de Gabès
Et dans la palmeraie de l'enfance l'insouciance
Reine des fins d'après-midi d'école
Ravissait nos retours désinvoltes
Parmi les talus aux épines alertes
Cahiers dans les couffins et plumes rares
Nos petits corps à la poursuite des troupeaux
Endiablés attisés par le bouc sonore.
Dante,
vespérales
Et
dire à Béatrice
La mer est feu et flamme
Noirs et blancs
Paradis et enfer
L'errance est ma demeure
Libres sont les rêves aurifères.)
Journal d'océan
Les
chênes cachaient ma peine
De n'être pas née voile
Ou vague dans le vent
Les hortensias détournaient mon cartable
De l'orthographe si lourde à porter
Tourmentée écolière
Que les champs ramenaient à la mer
Lentement entre haies de fusain
Et vieilles chaumières.
|